Sur le papier, Didier Parakian et Jean-Brice Garella ont plus d'un point commun. Les deux hommes sont de la même génération et dirigent des entreprises provençales de prêt-à-porter. Mais leurs routes se séparent sur le terrain politique. Didier Parakian a en effet fait campagne pour Nicolas Sarkozy, tandis que Jean-Brice Garella a soutenu François Hollande. Impressions post-électorales.
Jean-Brice Garella
«Je suis venu à la politique via l'engagement syndical et associatif, avec la Chambre syndicale de l'habillement, le Prides Ici Mode et la Maison méditerranéenne des métiers de la mode. Mais aussi en créant une plate-forme d'initiative sociale et solidaire. De manière assez naturelle, au moment des dernières élections municipales, j'ai intégré la liste du maire communiste de Gardanne. J'ai vite compris que pour aller plus loin, il fallait être identifié, et donc clairement positionné politiquement. J'ai choisi d'adhérer au Parti socialiste en 2011 et je me suis immédiatement engagé auprès de François Hollande. Je suis devenu président de son comité de soutien dans la circonscription de Gardanne. Au moment de mon engagement, je me suis aperçu que bon nombre de mes salariés, issus du monde ouvrier, votaient pour Nicolas Sarkozy. Le paradoxe était criant. Dans mon entreprise, une bonne partie du personnel est de droite et le patron est de gauche! Par ailleurs, beaucoup de mes connaissances chez les chefs d'entreprises n'ont pas compris mon engagement. Car 90% de mes amis patrons sont de droite. Certains m'ont dit: "Comment, toi, avec ta situation, peux-tu adhérer aux idées de gauche?". Je dois sans cesse me justifier et expliquer que je fais davantage confiance à un projet modéré d'accompagnement de la relance et de l'investissement qu'à un projet d'austérité. Je ne suis pas pour arroser les gens de prestations sociales et leur dire de s'en contenter. Je veux que l'ascenseur social soit remis en marche, et la victoire de François Hollande va dans ce sens. La droite dit: "Aidons les élites et elles entraîneront les autres". La gauche répond: "Donnons une chance à tous et les talents émergeront". Aujourd'hui, mon choix est clair. Je privilégie l'intérêt collectif à mon intérêt personnel. Et je compte m'investir encore davantage dans la vie politique locale».
Didier Parakian
«Mon engagement politique remonte maintenant à 2008, date à laquelle le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, m'a proposé de rejoindre l'équipe municipale en tant que représentant de la société civile. Je me suis aujourd'hui rapproché de l'UMP et j'ai soutenu la campagne de Nicolas Sakozy. Je considère qu'il n'est pas possible de vivre au-dessus de nos moyens. Nous savons bien dans nos entreprises qu'il n'est plus possible de continuer à s'endetter. Il faut à tout prix baisser le coût du travail pour relancer l'économie. Je suis pour la France du travail et pas pour celle de l'assistanat et je suis favorable au programme de l'UMP que je soutiendrais durant les élections législatives. Le gouvernement socialiste a mis en place un ministre du redressement productif. Ces mots pompeux évoquent un retour de la planification. On nous parle de croissance, mais nous, chefs d'entreprises, nous savons ce que c'est réellement. Nous allons la chercher tous les jours avec les crocs et même sur les marchés étrangers. Ce qui compte avant tout c'est la compétitivité. Je suis un peu inquiet et j'aimerais entendre parler de politique commerciale moins naïve, plus agressive et pas simplement de mesures démagogiques et symboliques comme la baisse de la paye des ministres. De même pour l'idée de taxation différente entre les grandes entreprises et les PME. J'estime qu'il ne faut pas opposer ainsi les entreprises. Sans de grandes sociétés comme Louis Vuitton par exemple, mon entreprise ne serait sûrement pas en Chine à l'heure actuelle. Ce sont les grands groupes qui portent les petites structures».
Témoignages Ils sont tous les deux patrons dans le textile. Mais l'un penche à droite et l'autre à gauche. Recueil de leurs impressions post-élections présidentielles.