Le constructeur automobile européen InnovBat mise beaucoup sur de nouvelles batteries au lithium qui permettraient aux voitures d'avoir une très grande autonomie. Or, ce lithium doit être extrait en Amérique du Sud et plus exactement en Bolavie. Bien loin du siège social d'InnovBat qui se situe en Hexagonie. Nul besoin de lire et de relire les lignes précédentes en imaginant que son auteur ne semble pas dans son état normal. Cette trame est celle d'un scénario décliné au sein du Cyber Security Center ; ceci à l'occasion d'un exercice de gestion de crise auquel participent les apprentis ingénieurs cyberdéfense de 3e année. Cette cybercrise grandeur nature a pris forme dans les locaux de l'école nationale supérieure d'ingénieurs de Bretagne Sud (Ensibs) où est hébergée cette formation.
Mise à l'épreuve de deux semaines
« C'est un travail de préparation de quatre mois pour deux semaines d'exercices. Durant cet exercice, les étudiants sont monitorés pour un suivi optimal », a confié Charles Préeaux, directeur de la formation à l'attention des personnes qui ont eu l'opportunité d'assister à ce Vip Day. Passé le stade de la présentation, direction le Cyber Sécurity Center. Là, derrière des dizaines d'écrans, les futurs ingénieurs sont à l'oeuvre. L'exercice a démarré depuis quelques jours et la fatigue se fait sentir sur les visages même si cela ne semble pas entamer l'enthousiasme général. « C'est intense. Les cyber défenseurs sont mobilisés sur deux fronts : aussi bien l'aspect technique que le management pour la remédiation. »
Décès d'un mineur, grève, hackers, désinformation,...
Deux rotations sont opérées chaque jour pour les élèves qui disposent d'une salle de vie à deux pas. Cette salle de repos ne les déconnecte pas de l'exercice : sur un mur d'images, ils suivent l'évolution du scénario. Et pour cet exercice « qui doit répondre à un objectif pédagogique et qui est l'exercice final de leur formation », les attaquants ne les ont pas ménagés. Les futurs ingénieurs ont subi un mail bombing ou une avalanche de mails en bonne et due forme. « Une action qui les a complètement désorganisés. Ils ont tout mis par terre », rappelle Charles Préaux.
Nomenclature Otan
Une fois la sérénité retrouvée, l'histoire s'est de nouveau emballée avec le décès d'un mineur, la gestion d'une grève, le lancement d'une pétition en ligne par une ONG, une attaque lancée par des activités, la chute du cours de l'entreprise en bourse, la séquestration du P-dg, les campagnes de désinformation des concurrents, le piratage du téléphone du dirigeant, l'échec de sa conférence de presse, etc. Rien ou presque ne leur a été épargné. Pour l'assistance, l'exercice est aussi désarçonnant. Les anglicismes sont de rigueur comme la nomenclature estampillée Otan. Aux côtés des élèves, un chef d'orchestre sur mesure. Le Général Xavier de Pontbriand est à la manoeuvre. « C'est un exercice difficile. Ils n'ont pas vu tous les pièges tendus mais à un moment donné il faut aussi aller vers la sortie de crise. C'est une étape qu'ils doivent apprendre à gérer. » Cet outil de formation est unique en France. Sa particularité est également d'être totalement ouvert vers le monde de l'entreprise. Rien d'étrange donc que ses financements portent cette marque de fabrique. La mise en place de ce centre a coûté 1,3 M?. Le tour de table financier rassemble l'UIMM, soutien financier de la première heure, l'UBS, le Conseil régional, le Conseil départemental et Vannes Agglo. 90 futurs ingénieurs y suivent actuellement une formation.
Ségolène Mahias
Quelques privilégiés ont pu assister à une cyber attaque à retentissements internationaux au sein du Cyber Security Center de Vannes. Il s'agissait d'un exercice de fin d'études pour les futurs ingénieurs cyberdéfense.