Créatrices d'entreprises : Encore trop peu nombreuses
# Création d'entreprise

Créatrices d'entreprises : Encore trop peu nombreuses

À l'occasion de la Journée de la Femme, le 8mars, Le Journal des entreprises a décidé de donner la parole à ces femmes qui entreprennent. En Alsace, elles représentent une faible part des créations et reprises d'entreprises. S'il n'est pas facile de s'imposer en tant que femme et de concilier vie de famille et vie professionnelle, plusieurs y sont parvenues et montrent l'exemple. Les mentalités évoluant et le contexte de crise aidant, elles pourraient être de plus en plus nombreuses à passer le pas. Dossier réalisé par Adelise Foucault et Julie Giorgi

On est encore loin de la parité. En Alsace, en 2008, selon les chiffres des CCI, les femmes représentent seulement 23% des créations d'entreprises, personnes physiques et morales confondues. Il n'existe pas de chiffres nationaux détaillés sur la création d'entreprise au féminin. On dispose seulement d'un chiffre concernant la part des dirigeantes dans le paysage économique. Il révèle que 31% des TPE et PME françaises sont dirigées par des femmes (selon une enquête TNS-Sofres réalisée pour l'Agence pour la création d'entreprise (APCE) en 2007 auprès de 1.600 entreprises). En Alsace, selon une enquête publiée par Pouey international en septembre2008, seules 9,2% des PME-PMI alsaciennes sont exclusivement dirigées par des femmes. Les chiffres sont révélateurs de la faible part de celles-ci à la direction et à la création d'entreprise. Mais, avec l'évolution des mentalités et la période de crise actuelle, elles sont de plus en plus nombreuses à oser franchir le pas. «Il ne faut pas oublier que depuis des millénaires, les femmes créent leur entreprise: la famille. Pendant la guerre, elles ont repris les entreprises et cela fonctionnait parfaitement». Danièle Dietrich, chargée de mission aux droits des femmes et à l'égalité dans le Haut-Rhin, estime qu'il faut garder en mémoire ces éléments.




Du rêve à la réalité

Les femmes qui osent entreprendre et poussent la porte d'Alsace Active (organisme qui facilite l'accès au crédit bancaire par le biais de garanties) «ont généralement entre 40 à 60 ans» constate sa directrice adjointe, Sonia Rapin. Des femmes qui décident de lancer leur propre activité «souvent après un licenciement, parce qu'elles ne retrouvent pas d'emploi, ou qu'elles n'ont pas assez cotisé pour leur retraite», souligne-t-elle. D'autres attendent aussi que leurs enfants soient autonomes pour se lancer dans la réalisation d'unrêvede longue date. Ce sont souvent «des réorientations professionnelles complètes», estime-t-on encore à Alsace active. Que ce soit dans le commerce, les services (secteurs où elles sont le plus présentes), ou l'industrie... la majorité des femmes interrogées dans l'enquête de l'APCE (84%) se disent satisfaites de leur choix. Entrepreneures dans l'âme, elles doivent cependant souvent capitaliser plus d'énergies qu'un homme pour parvenir à leurs fins. Car aux problématiques rencontrées par tout créateur s'ajoutent la gestion de la vie personnelle et les obstacles liés à des mentalités somme toute en lente mutation. Les financements sont souvent plus difficiles à obtenir, la répartition des tâches au sein du couple souvent encore loin d'être équilibrée. Et dans certains secteurs encore très masculins, la confiance et le respect des employés, fournisseurs, clients, pas toujours aisés à gagner.




L'équilibre entre vie privée et vie professionnelle

«Il n'est pas plus difficile de créer une entreprise pour une femme que pour un homme. C'est simplement une autre approche: il faut parvenir à articuler vie familiale et vie professionnelle», constate Danièle Dietrich. Créer ou reprendre une entreprise demande beaucoup d'investissement et de temps, et implique forcément des sacrifices au niveau de la vie familiale. «Tout est question d'organisation, de gestion de planning. Mais ensuite, une fois que l'entreprise tourne et qu'on arrive à gérer sa vie sur les deux tableaux, cela se passe très bien. J'encourage les femmes à créer leur entreprise», affirme Valérie Gerrer, présidente de l'association Femmes chefs d'entreprises (FCE) à Mulhouse, et sculpteur graveur depuis 1993. Pour Corinne Herlin, à la tête du laboratoire de cosmétiques Idenov qu'elle a fondé il y a deux ans à Strasbourg, cette gestion du temps est problématique. Le fait de ne pouvoir répondre à toutes les invitations de clubs et réseaux le soir, et donc de ne pouvoir «réseauter» comme le font les hommes constitue, selon cette mère de deux enfants, un frein dans la croissance de son entreprise. Les créatrices et dirigeantes aimeraient plus que d'autres, posséder le don d'ubiquité...

# Création d'entreprise