Marseille
Comment l'entreprise Territoire allie insertion et performance économique
Témoignage Marseille # Métallurgie

Comment l'entreprise Territoire allie insertion et performance économique

L’entreprise Territoire, créée en 1993 à Marseille et reprise en 2013, est une entreprise d’insertion. Rencontre avec des dirigeants pas comme les autres...

Spécialisée dans le travail des métaux, de l’acier à l’aluminium en passant par l’inox, Territoire (50 salariés - CA : 9,4 M d'euros) a vu le jour en 1993 et a été reprise en 2013 par Guy et Paul Magraville. Depuis sa création l’entreprise a conservé sa vocation d’insertion. « Au tout début, Territoire était une association d’insertion basée dans les quartiers nords de Marseille. Créée par un artiste plasticien, Alain Goetchy, elle avait pour vocation de proposer du mobilier urbain, fabriqué en local », rapelle Paul Magranville, qui avec son père Guy a repris l’entreprise. « Mon père venait du monde de l’assurance et souhaitait reprendre une entreprise industrielle avec une vocation sociale », ajoute-t-il. Lorsqu’il découvre Territoire, c’est le coup de coeur. « L’entreprise avait réinserré plus de 200 personnes dans le monde du travail. Lors de la reprise nous étions en concurrence avec un fonds parisien, mais le fondateur souhaitait que la vocation sociale de l’entreprise perdure ».

Garder le même état d'esprit

C’est ainsi qu’en septembre 2013, les Magranville prennent la direction de l’entreprise qui compte cinquante salariés, dont seize sont en insertion. « Je suis issu d’une école de commerce et je pense qu’une entreprise d’insertion doit avant tout être économiquement viable. Si nous arrêtions notre activité d’insertion, notre entreprise perdurerait. Nous enregistrons des taux de retour à l’emploi de 76%. C’est approche particulière. Nous formons des salariés à un métier et, au bout de deux ans, ils nous quittent pour des CDI dans d’autres structures ». Territoire intervient essentiellement sur des marchés publics et réalise la maintenance et l’entretien de patrimoines immobiliers comme des gymnases, des crèches... L’entreprise intervient ainsi notamment lors de la mise de sites aux normes pour recevoir des personnes à mobilité réduite. « Notre métier est très technique. Il y a beaucoup de machines et nous avons besoin de bien encadrer les personnes en insertion. L’encadrement est l’élément clé. Nous avons également un conseiller d’insertion professionnelle qui fait le suivi de l’insertion. Pour beaucoup de personnes, il s’agit d’une seconde chance. Lors du recrutement, nous cherchons ainsi avant tout des personnes motivées ».

Pas de distingo entre les salariés

Depuis 2013, Territoire a acquis d’autres entreprises. En 2014, la société nouvelle Degrory a ainsi rejoint le giron de Territoire et en 2015, la société Bonzi. « Chacune de ces structures compte quatre salariés en insertion. Mais nous ne faisons pas de distingo entre salariés "classiques" et en insertion. Il y a des ouvriers en fabrication, en pose, des chargés d’affaires et nous mélangeons tout le monde. Les parcours sont les mêmes ».
Pour Paul Magranville, les idées reçues sur les entreprises sont en train d’évoluer. « Nous sommes la seule entreprise d’insertion en métallerie. Et nous sommes inscrits à la fédération du BTP. J’ai souvent entendu dire que la concurrence entre entrepises normales et entreprises en insertion est déloyale. Mais ces critiques se raréfient, il y a changement de mentalité. Nous payons les mêmes charges que les autres entreprises. Nous recevons certes une subention d’environ 10.000 euros par poste et par an, mais elle dépend de nos résultats et elle ne fait que compenser les coûts liés à la formation et à l’encadrement des personnes que nous recrutons. Si c’est aussi facile, les autres entreprises n’ont qu’à basculer entreprises d’insertion... Le but est d’aider à accéder à l’emploi et de réduire le chômage, même modestement. Pôle Emploi réinserre de 5 à 10% du même public et nous sommes à plus de 60% », conclut Paul Magranville.

Marseille # Métallurgie