« C'était un 9 mai, l'incendie s'est déclaré en début d'après-midi sur la terrasse de l'Hôtel des Technologies. On m'a appelé pour me dire « Il y a le feu ! », je me souviens avoir répondu : « Oui, pas plus que d'habitude ». Je dis souvent que les techniciens font les pompiers, je n'ai pas tout de suite réalisé qu'il s'agissait cette fois-ci d'un véritable incendie dans les locaux où la société était hébergée.
Bâtiment impraticable
L'entreprise, située juste en dessous de la terrasse, a subi les ravages de l'incendie mais aussi un dégât des eaux. Toute la structure métallique du bâtiment a bougé. Au lendemain de l'incident, on nous a dit qu'on pourrait sûrement réintégrer nos locaux dans un mois, puis dans six mois. Aujourd'hui, plus personne ne se prononce sur l'avenir du bâtiment et il se murmure même qu'il pourrait être rasé tellement il a été endommagé.
Contrats à honorer
Il a bien fallu continuer l'activité coûte que coûte. D'autant plus que nous avions obtenu un gros contrat avec l'équipe américaine du film « Dunkirk » qui avait déjà posé ses caméras. Nous devions assurer notre mission dès le lendemain. J'ai tout de suite réinjecté 10.000 euros pour racheter du matériel indispensable aux techniciens : remplacer les clés des véhicules qui avaient pris feu, de nouvelles " caisses à outils " pour remettre en marche les réseaux, etc. Sur le coup, on se demande ce qui se passe et puis après on se dit qu'on est plus fort que ça et le temps de la réorganisation arrive vite. La CCI nous a proposé des bureaux et on a déménagé de porte à porte en emportant le rare matériel encore exploitable. Mais ce n'est pas évident, on ne travaille pas selon nos horaires et notre ambiance et nous sommes désormais soumis aux règles de quelqu'un d'autre. On y est les uns sur les autres... Pour les formations ou les réunions je dois louer un bureau à l'extérieur.
100.000 € de pertes matérielles
Selon les derniers calculs, on a perdu l'équivalent de 100.000 euros d'équipements, que ce soit en machines d'exploitation, en instruments de précision, en démonstrateurs technologiques ou encore en progiciels informatiques. Heureusement, de nombreux documents avaient été numérisés mais nous avons quand même perdu des mandats bancaires et des ouvertures de compte clients. Mais dans l'ensemble, on s'en sort. Il n'y a qu'une seule pile de documents absolument vitaux à l'entreprise que j'ai réussi à sauver, en me faufilant dans le bâtiment une fois que le pompier avait le dos tourné : des papiers nécessaires pour répondre aux appels de marché, des clés de certifications numériques et toute une série de fichiers qui nécessiterait au moins 2 ans de travail pour les reconstituer.
Chômage technique
On a essayé de travailler avec ce qu'on pouvait mais les pertes matérielles m'ont obligé à mettre 6 personnes au chômage technique pendant 2 semaines : toute l'équipe chargée du développement. C'est une perte sèche d'exploitation et un coût estimé à 21.000 euros. Et ça, ce n'est pas pris en charge par l'assurance par exemple. Nos deux commerciaux sont, eux, toujours hébergés dans les locaux d'un ami entrepreneur. L'autre surprise a été de découvrir que mon contrat d'assurance ne couvrait qu'une enveloppe de 30.000 euros. Un expert assureur nous représente pour rallonger cette enveloppe au maximum. Mais pour le moment, on n'a encore rien venir.
Fonds propres
Alors j'ai pris le taureau par les cornes en rencontrant le Crédit Mutuel Nord Europe et Initiative Flandres auprès de qui j'ai respectivement obtenu 40.000 euros et 30.000 euros en prêt à taux zéro. Somme à laquelle j'ai ajouté 45.000 euros en fonds propres dans les deux jours qui ont suivi le sinistre. Et pendant tout ce temps, les rumeurs circulent bon train et les gens fabulent. Certains nous ont enterré bien vite. Pourtant, on est bel et bien là, à la recherche d'un local où nous installer dorénavant. Un site qui aurait autant de cachet que l'Hôtel des Technologies pour aller de pair avec notre image de marque.»
Antoine Lheureux est le dirigeant de la société ESI4U. Il a dû faire face à l'incendie de ses locaux hébergés à l'Hôtel des technologies de Dunkerque. Il y aurait perdu plus de 120.000 euros a emprunté 115.000 euros pour y faire face et continuer son activité.