Qu'ont en commun les cartouches d'encre d'une imprimante de bureau et les capsules de café Nespresso? Une fois usagées, elles sont récupérées et valorisées par Collectors, une entreprise installée à Mornant et créée par Fabrice Legriffon en 1996. «Notre premier métier est la collecte de cartouches d'encre, avance le dirigeant. Depuis quatre ans, nous sommes devenus un des leaders nationaux sur ce marché grâce notamment à un maillage du territoire qui compte 50.000 points de collecte. Nous sommes présents au travers de trois segments: l'habitation avec des points de collecte dans les déchetteries ou les collectivités, le milieu professionnel avec des apports volontaires au coeur même des entreprises, et enfin les lieux de consommation comme les grandes surfaces.» Collectors dispose de dix agences et de "collecteurs" sur toute la France. Aujourd'hui, l'entreprise affirme récupérer près de 4,8millions de cartouches d'encre par an. Elles sont triées, séparés par marque et par modèle sur le site de Mornant et revendues à des recycleurs. Collectors a des contrats avec les grands fabricants de cartouches d'encre comme Lexmark ou HP.
Optimiser le processus de collecte
Fort de cette expertise sur les cartouches d'impression, Fabrice Legriffon a décidé d'optimiser son processus de collecte et de déployer la mécanique pour d'autres déchets. «Nous attisons les convoitises avec nos 50.000 points d'apport volontaire, assure-t-il. Nous avons donc travaillé sur la collecte d'autres déchets.» Courant 2010, l'entreprise a sorti le Re7, un conteneur en carton pour la collecte de sept déchets: les piles, les cartouches d'encre, les CD et DVD, les capsules de café, les Pam (petits appareils en mélange type appareils photo ou rasoirs électriques), les piles et les téléphones portables. «Près de 70.000€ ont été investis dans le développement de ce contenant breveté, précise Fabrice Legriffon. Le démarrage a été long mais une fois que les habitudes sont prises auprès de la population, c'est gagné!» 5.000 Re7 ont été fabriqués. On les trouve désormais dans les grandes entreprises ou des lieux publics. L'entreprise se rémunère sur la revente des déchets collectés.
Valoriser le marc de café
Autre source de développement pour la PME, un contrat passé avec Nespresso fin 2009 alors que l'entreprise faisait face à de grandes difficultés conjoncturelles. «La rencontre avec Nespresso France a eu lieu en juillet2008 raconte Fabrice Legriffon. Nous avons travaillé pendant près d'un an sur la collecte des capsules de café et leur valorisation. Nos banquiers avaient promis de nous suivre pour toute la phase de tests et de recherche. Fin 2009, alors que nous étions sur le point de conclure un contrat de cinq ans avec Nespresso, les banquiers ont décidé de ne plus nous financer. J'avais besoin de 500.000 € sinon nous fermions l'entreprise.» Le dirigeant remue ciel et terre, fait appel à la médiation du crédit au niveau national et déniche ses financements auprès d'investisseurs privés et de business angels. La machine est de nouveau sur les rails pour développer les projets dans un secteur tiré par les réglementations. Le contrat avec Nespresso est bien honoré. «Le dispositif pour Nespresso consiste à récupérer les capsules dans les 20 boutiques françaises, à raison d'un passage quotidien sur les sites parisiens et de trois ou quatre passages par semaine dans les boutiques de province. À fin 2011, 150 tonnes de capsules seront collectées chaque mois par Collectors.» Ce n'est que la première partie du deal. La seconde consiste en la valorisation de ces déchets. Collectors a tout d'abord travaillé sur la capsule en aluminium qui est broyée pour être réutilisée. Ces derniers mois, elle a planché sur la valorisation du marc de café. «Nous avons mis au point une nouvelle matière biodégradable, le KTlène, constituée à 90 ou 100% de marc de café et d'autres matières biodégradables et recyclables, détaille le dirigeant. Le procédé a été élaboré avec la société Ciccapack, installée à Heyrieux dans l'Isère. Aujourd'hui, nous étudions les applications de cette nouvelle matière qui est transformée en granulés à mouler comme une matière plastique. Elle pourrait servir à la création d'objets publicitaires comme des tasses et des plateaux de service pour Nespresso par exemple.» En 2012, si l'activité continue de se maintenir, Fabrice Legriffon pourrait investir dans une usine de broyage des capsules aluminium, sur son site de Mornant. Il poursuit ses recherches sur la collecte et la valorisation d'autres déchets. En 2010, l'entreprise a renoué avec les profits puisqu'elle affichait un résultat net de 25.000€. Elle vise 100.000 à 150.000 € pour 2011.
Collectors
(Mornant) Gérant: Fabrice Legriffon Chiffre d'affaires à septembre2011: 3,2millions d'euros 36 salariés www.collectors.fr