Cluster : Logistique Rhône-Alpes perd la confiance de la Région

Cluster : Logistique Rhône-Alpes perd la confiance de la Région

Suite à une évalution des douze clusters régionaux, la Région Rhône-Alpes a décidé de délabelliser le cluster Logistique Rhône-Alpes. Cette décision pourrait signer l'arrêt de mort de l'organisation.

Le bruit courait depuis plusieurs mois. La décision est désormais prise : la Région va retirer son label au cluster Logistique Rhône-Alpes. « Nous avons commandé à une société spécialisée sur ces sujets une évaluation individuelle des douze clusters régionaux. Le cluster Logistique apparaît sous la ligne de flottaison. Dans ces conditions, nous ne pouvons lui maintenir ni notre confiance, ni nos financements », assène Jean-Louis Gagnaire, vice-président de la Région en charge des affaires économiques.




Une évaluation basée sur plusieurs critères

Cette évaluation, présentée à la commission économie de la Région le 13 juin dernier, était basée sur plusieurs critères évalués en fonction de données quantitatives et qualitatives. Ce référentiel d'évaluation avait été co-construit avec les clusters. Des dizaines d'entretiens ont été menées par les experts avec l'ensemble des parties prenantes (clusters, entreprises, adhérents, filières...). L'objectif était de déterminer si chacune de ces organisations répondait aux objectifs de structuration et de développement de sa filière et si elle participait au dynamisme de l'écosystème régional. Parmi les points évalués : le système de gouvernance ; le modèle économique ; l'appui à l'innovation technologique ; le soutien à l'emploi ; le partenariat avec les autres réseaux d'entreprises régionaux... Chacune de ces questions positionnait le cluster dans une catégorie de couleur : vert, jaune, rouge ou noir. Et comme dans les questionnaires des magazines féminins, l'addition de ces points classait au final les organisations dans une catégorie de performance : du très bon élève (vert) au cancre (noir).




Dernier de la classe

La synthèse globale de ce rapport d'Inno group, que nous nous sommes procurée, montre effectivement que si certains clusters ont passé l'examen haut la main (les clusters Lumière, Aerospace, Automotive, Montagne, Organics ou encore I-Care), d'autres ont juste la moyenne. Un seul est recalé, sans appel, le cluster Logistique Rhône-Alpes. « Dans cette étude, il lui est reproché notamment son mode de gouvernance et son manque d'ouverture aux autres groupes de logistique de la région. C'est un cluster qui n'a rien de régional. Cette évaluation ne fait que confirmer les remontées terrain de ces derniers mois », confie Jean-Louis Gagnaire. Dominique Vansevenant, président de Logistique 42, le confirme : «Je ne souhaite pas en dire plus, mais il est vrai qu'il a toujours été très difficile de travailler avec ce cluster ». Le Pil'es, Pôle d'intelligence logistique Europe du Sud basé dans le Nord Isère, a même suspendu, dès fin 2013, sa collaboration avec le cluster Logistique Rhône-Alpes. Son président, Laurent Lamatière, dénonçait alors dans "Le Journal des entreprises" une gouvernance trop politique à son goût : « Nous ne remettons pas en cause la nécessité du cluster ; mais son fonctionnement opérationnel ne nous satisfait pas. Pour nous, un cluster doit fédérer les réseaux existants et mettre en avant leurs actions avec les budgets de la Région. Le cluster Logistique Rhône-Alpes travaille de son côté, sans faire appel à ses partenaires ni les valoriser. La gouvernance est trop politique ».




Robinet régional fermé

Ce retrait du label Rhône-Alpes aura pour conséquence, à moyen terme, la fin des subventions de la Région, le plus gros financeur du cluster, soit près de 200.000 €. Cette somme sera réaffectée au pôle de compétitivité Lyon urban truck and bus, à qui Rhône-Alpes va désormais confier la mission de fédérer la filière logistique rhônalpine. Cette décision ne fait évidemment pas les affaires d'Éric Bonnac, président fraîchement élu du cluster Logistique Rhône-Alpes. Le successeur de Noël Comte (par ailleurs président de la CCI de Villefranche-sur-Saône) doit démêler les fils d'une histoire qu'il n'a pas tricotée lui-même. Visiblement vraiment très agacé par le sujet, Éric Bonnac n'a d'abord pas souhaité s'exprimer sur la question puis a reconnu avoir de nouvelles ambitions pour le cluster. Cluster qui, selon lui, n'est pas forcément voué à disparaître. « Je veux faire passer le nombre d'adhérents de 70 à 100 d'ici à la fin de l'année ; je souhaite également nous réorienter vers plus de décentralisation. Mon objectif est de travailler avec les différents acteurs de la logistique en région Aujourd'hui, une nouvelle organisation s'est mise en place avec un nouveau président, et, sous peu, un nouveau directeur général. Je veux renouveler le cluster en profondeur. Nous avons des projets importants sur la logistique urbaine et fluviale notamment. La Région doit nous maintenir sa confiance. Et si ce n'est pas le cas, de toute façon, le cluster fonctionne parfaitement, il peut continuer d'exister. » Il devra néanmoins trouver d'autres sources de financement...




www.clusterlogistique-ra.com