Classement des boucles de la Seine : Menaces sur l'économie ?
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Classement des boucles de la Seine : Menaces sur l'économie ?

La CCI de Rouen avait contesté le classement des sites de la Vallée de la Seine boucle de Roumare paru au Journal officiel en juin 2013, craignant une menace pour l'économie. Un recours arrivé devant le Conseil d'État le 18 mai qui a eu pour effet d'excéder les écologistes.

« Classer les boucles de la Seine, en commençant par celle de Roumare, c'est se tirer une balle dans le pied en matière de développement économique », tonne Christian Hérail, président de la CCI de Rouen. 18 mois de délais seront nécessaires à une entreprise pour l'obtention d'un permis de construire, contre 12 avant le classement officiel, affirme le président de la Chambre de commerce qui précise : « Une fois le classement validé, plus rien ne pourra être modifié dans le paysage que ce soit pour les entreprises, les particuliers ou encore les agriculteurs, sans une validation du Ministère de l'Écologie. Des risques de blocage que nous avons déjà pu mesurer avec la boucle des Andelys classée depuis longtemps et ou les entreprises souffrent des délais d'obtention de permis de construire ». Des délais qui pourraient faire réfléchir plus d'une entreprise à venir s'installer sur le territoire de l'Axe Seine, fer de lance du développement économique du territoire haut-normand. « Nous avons besoin de conserver une position industrielle forte et ce classement ne va pas nous y aider. L'attractivité du territoire de l'Axe Seine Paris Normandie est clairement menacée », s'inquiète Christian Hérail qui aurait préféré un classement Unesco : « Bien moins contraignant que cette vieille loi de classement ».




Un dossier de conflit

« On ne savait pas que le dossier passait au Conseil d'État le 18 mai », affirme Christian Hérail, président de la CCI de Rouen. Des propos qui viennent répondre à ceux de Claude Taleb, vice-président de la Région Haute-Normandie et élu EELV qui accuse les dirigeants de la Chambre de commerce rouennaise de jouer : « Contre l'attractivité de la métropole rouennaise » et estime : « Le fond de la requête est consternant. Sa forme, démarche effectuée en catimini, est choquante ». Une attaque « frontale contre les entreprises et les branches professionnelles » de la part de l'élu écologiste dénonce Christian Hérail qui contredit fermement ces affirmations, arguant d'un dossier qui a simplement suivi son cours : « C'est un dossier de 2007 pour lequel la direction du Port de Rouen avec Martine Bonny à dit oui afin de pouvoir avancer sur son dossier d'arasement du chenal. Cette décision du Port a entraîné une tempête parmi les chefs d'entreprises, les fédérations et branches professionnelles, la Chambre d'agriculture ou encore l'Unicem et nous avons décidé de porter recours devant le tribunal administratif lorsque le décret est paru en 2013 ». Une démarche qui donne rapidement peut d'espoir aux responsables de la CCI d'obtenir un résultat devant le Conseil d'État à la lecture des rendus du Ministère de l'Écologie. « En décembre 2014, nous avons donc pris la décision de ne pas aller plus loin. Mais suivant la procédure, le dossier passe obligatoirement devant le Conseil d'État », explique Christian Hérail. La décision du Conseil d'État qui pourrait entériner définitivement le classement de la boucle de Roumare devriat être rendue d'ici la fin juin.




Faire cohabiter zones vertes et zones d'activités

Au-delà des procédures, l'enjeu de fond reste l'impact d'un tel classement sur l'économie le long de la Seine. Pour Claude Taleb, pas de doute le classement est positif : « Par ce classement, la volonté affirmée de l'État était de préserver un équilibre entre les activités économiques et la nécessité de préserver les milieux humides, principaux réservoirs de biodiversité ». Et l'élu EELV de rappeler que les acteurs économiques du tourisme : « Connaissent un développement spectaculaire dans notre magnifique Vallée de Seine. Rien qu'à Rouen, le tourisme fluvial a permis l'accueil d'environ 50.000 visiteurs depuis un an. Cette dynamique est promise à un bel avenir sous condition de préserver et de valoriser le patrimoine naturel inestimable de la Vallée de la Seine et de restaurer une biodiversité extrêmement dégradée ». Des arguments face auxquels Christian Hérail estime que les entreprises n'ont pas de leçons d'écologie à recevoir : « Il n'y a pas de chefs d'entreprises qui veulent installer d'entreprises dans le Marais Vernier ! Les chefs d'entreprises font du développement durable depuis bien plus longtemps que les écologistes. Les entreprises ont investi des milliards depuis vingt ans pour se mettre en conformité avec toutes les réglementations, françaises et européennes ! On a la chance d'avoir ce fleuve Seine avec la qualité de son environnement, de ses habitations et de ses usines. C'est cette diversité qui fait la richesse du territoire ».

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