Le 18 août, une nouvelle énergie a pris possession d’un ancien entrepôt agricole de Six-Fours-les-Plages, à l’ouest de Toulon. Là où l’on vendait jadis des légumes, on entend aujourd’hui le claquement sec des gants et les encouragements d’une coach qui répète à l’envi : "On ne lâche rien, c’est dans la tête !"
Clara Lanuzel, 32 ans, vient d’y inaugurer son nouvel espace, Fight Zone : une salle de 300 m², qu'elle a transformée en trois semaines et qu’elle dédie aux sports de combat et au fitness. Avec ses quatre salariés, une dizaine de coachs indépendants et plus de 350 élèves déjà inscrits, elle est à la tête de l’un des plus gros clubs de sport de combat et de fitness de la région et ne compte pas s’arrêter là. "Nous atteindrons 450 adhérents d’ici la fin de l’année", promet-elle, déterminée.
Cette nouvelle étape n’est que la suite logique d’un parcours guidé par la passion, l’ambition et la ténacité. Car Clara Lanuzel n’est pas seulement une entrepreneuse : elle est d’abord une sportive de haut niveau, forgée par quinze années de combats.
Une championne précoce
Comme beaucoup de petites filles, Clara commence par des cours de danse. Mais à Sanary-sur-Mer, en suivant son père dans une salle de boxe, elle découvre un sport pour lequel elle a le coup de foudre. "Mon père a tenu une semaine, moi je suis restée", s’amuse-t-elle. Dès ses huit ans, elle enchaîne les compétitions. Rapidement, son palmarès s’étoffe : sept fois championne de France de full-contact et kick-boxing, cinq sélections en équipe de France, vice-championne du monde Wako (Association mondiale des organisations de kickboxing), médaillée de bronze européenne, championne intercontinentale. La Sanaryenne se hisse dans l’élite des moins de 56 kg, toujours accompagnée par le même entraîneur, Pierre Schneider, de l’American Boxing Club.
À 20 ans, changement de vie. Pierre Schneider prend sa retraite. Clara Lanuzel estime avoir atteint ses sommets. Elle choisit de tourner la page : "J’avais vécu ce que je voulais vivre. Je me suis dit que c’était le moment."
De San’art Boxing à Fight Zone
Animatrice en centre aéré, elle est vite rattrapée par le ring. Pas pour elle cette fois, mais pour les autres. Avec son conjoint, l’artiste graffeur Mathieu Roman, elle fonde San’art Boxing en 2016. Les débuts sont modestes : quelques tatamis installés dans une salle de danse louée à l’heure. Mais l’énergie est déjà là. "À travers mes boxeurs, je retrouve l’adrénaline des combats. Je leur transmets l’envie d’aller au bout." Dès 2019, le club compte déjà plusieurs champions nationaux. Aujourd’hui, onze titres de champion de France ont été glanés par ses élèves.
Avec Fight Zone, Clara Lanuzel a franchi une étape. Le club ne se limite plus à la boxe. On y pratique aussi le MMA, le jiu-jitsu brésilien, le yoga, le Pilates, le cross training… Un écosystème pensé pour démocratiser les sports de combat. "Beaucoup de gens en ont peur. Pourtant, c’est une discipline complète, qui apprend à se dépasser et donne une vraie ligne de conduite", confie l’entrepreneuse.
Se dépasser, cette devise l’a guidée tout au long de sa carrière, et elle se l’applique désormais comme cheffe d’entreprise. Car son ambition dépasse le cadre sportif : elle vient de lancer une offre B2B de team building, destinée aux entreprises locales. Objectif : renforcer la cohésion des équipes à travers des ateliers boxe, où l’on apprend à gérer le stress et à repousser ses limites.
L’ambition d’une entrepreneuse
Si Clara Lanuzel a osé se lancer à 21 ans, c'est parce qu'elle n'avait "rien à perdre, si ce n'est de ne pas tenter". Aujourd'hui, elle apprend, avec l'aide d'une spécialiste en coaching de dirigeants, à assumer pleinement son rôle d'entrepreneuse, à passer du statut de coach sportive dans un petit club à celui de véritable chef d'entreprise : "Je rêve toujours plus grand." Demain, elle imagine déjà créer un gala de boxe, développer sa ligne de vêtements à l'effigie de Fight Zone. Elle a déjà une tenue complète pour les pratiquants de boxe. Elle aimerait maintenant équiper toutes les disciplines de la salle, à commencer par le fitness. Elle multiplie aussi les interventions en écoles et propose des stages pendant les vacances scolaires. Entourée d'une nouvelle équipe et portée par ses élèves, Clara Lanuzel voit grand pour son club et, avec le kick-boxing, reconnue discipline olympique, elle pourrait un jour renouer avec la compétition internationale. Elle n'en dit pas plus, mais à 32 ans, le kick-boxing reste à portée de gants.