L'implantation, à Montoir-de-Bretagne, de la première cimenterie de Ciments Kercim, une société fondée par Jean-Marc Domange, un ancien directeur général de Ciments Calcia, n'est pas passée inaperçue. Il faut dire que des cimenteries, il ne s'en monte pas tous les quatre matins en France. La dernière ouverture remonte... aux années 1980 ! Mais si l'arrivée de Ciments Kercim a fait autant de bruit, c'est aussi parce que le modèle économique choisit par « la start-up du ciment », comme aiment à l'appeler ses dirigeants, n'est pas toujours accueilli d'un très bon oeil par la profession.
« Distorsion de concurrence »
Surtout à l'heure où la consommation française de ciment recule et où certaines cimenteries ferment leurs portes. Alors, devant l'arrivée de ce nouvel acteur qui a déboursé 45 millions d'euros pour donner naissance à un site industriel s'étalant sur cinq hectares, Rachid Benyakhlef n'y va pas de main morte. « C'est une distorsion de concurrence », dénonce ainsi dans le Figaro le président du syndicat français de l'industrie cimentière, par ailleurs directeur général France de Lafarge Ciment. Celui-ci pointe du doigt un ciment « délocalisable ». En cause, le fait que Ciments Kercim, dont l'usine se situe au sein de la zone portuaire de Montoir, importe ses matériaux de pays qui ne répondent pas aux mêmes règles sociales et environnementales que la trentaine d'autres cimenteries qui s'approvisionnent dans les carrières hexagonales. Si le gypse provient d'Espagne, c'est le clinker qui fait le plus débat. Traditionnellement, ce mélange de calcaire et d'argile est transformé dans les fours de la cimenterie. À Montoir, il arrive par bateau de Turquie, où un fournisseur se charge de la cuisson. Ciments Kercim ne réalise ainsi que la dernière étape du process de fabrication du ciment, à savoir le concassage du clinker et de ses ajouts, via un énorme broyeur, pesant à pleine charge 800 tonnes. Alors, le nouvel entrant va-t-il déstabiliser un marché français, aujourd'hui dominé par Lafarge, Holcim, Calcia et Vicat, en cassant les prix ? Directeur commercial de Ciments Kercim, Stéphane De L'Hommeau s'en défend : « Nous ne ferons pas du ciment low-cost. Importer du clinker, cela ne coûte pas moins cher. Notre volonté est de nous positionner dans les prix du marché et faire la différence par la qualité de nos produits et de nos services ». Au niveau de l'emballage, l'entreprise a ainsi mis au point une valve thermosoudée, permettant d'éviter que les sacs de ciments ne dégagent de la poussière. Elle espère tirer 25 à 30 % de son business de ces sacs de nouvelle génération, ainsi que de la vente en magasins auprès des artisans et des particuliers. Mais, le gros de l'activité sera écoulé en vrac auprès de l'industrie du béton et du BTP.
Pourquoi importer ?
Si le prix d'achat des matières de Ciments Kercim n'est pas moins cher, pourquoi diable aller chercher du clinker à l'étranger ? « L'atout principal de notre modèle, c'est que nous ne sommes pas dépendants des carrières. Nous pouvons ainsi définir la qualité du ciment en fonction des demandes du marché et non pas l'inverse », assure Stéphane De L'Hommeau qui met également en avant une raison logistique. Du fait de la nature de son sol, la Bretagne ne dispose pas de carrière d'argile, donc de cimenterie. « Les plus proches sont à Laval et dans les Deux-Sèvres. Avec les coûts de transport, qui vont être accrus demain avec l'éco-taxe, nous pensons que notre positionnement a du sens », indique Stéphane De L'Hommeau.
Nouveau modèle
Pour l'instant, la cimenterie a recruté 23 salariés, soit la moitié de l'effectif qu'elle compte à terme embaucher. Ayant obtenu ses premières certifications, la cimenterie espère commercialiser en vitesse de croisière 500 à 600.000 tonnes de ciment par an. C'est moins de 5 % du marché français. Mais Stéphane De L'Hommeau est en persuadé, le marché de la cimenterie est en train d'évoluer : « De grosses usines sur les ports comme la nôtre cohabiteront demain avec des cimenteries traditionnelles situées à l'intérieur des terres ». Plusieurs cimenteries ont déjà enclenché le mouvement. Le Suisse Holcim est ainsi en train de faire construire une cimenterie sur le port de La Rochelle. Par ailleurs, Jean-Marc Domange a obtenu les autorisations administratives pour construire une deuxième cimenterie sur le port du Havre.
Ciments Kercim
(Montoir de Bretagne) Président : Jean-Marc Domange 23 salariés 02 40 19 19 90