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Christian Hagenstein ou le pari fou et réussi d'un éternel bâtisseur
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Christian Hagenstein ou le pari fou et réussi d'un éternel bâtisseur

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Fondateur de Batibois Alsace, Christian Hagenstein vient d’arriver au bout de son projet titanesque de réhabiliter l’ancien sanatorium, situé sur les hauteurs de la commune haut-rhinoise de Munster, en résidence touristique. Rencontre avec le bâtisseur du Domaine de Haslach.

Le Domaine de Haslach s'étend sur 7 hectares sur les hauteurs de Munster — Photo : DR

Même s’il travaille encore tous les jours, Christian Hagenstein peut désormais prendre le temps d’admirer le panorama qui se dresse face à lui. Par beau temps, on perçoit les Alpes bernoises depuis la terrasse du Domaine de Haslach, situé à 670 mètres d’altitude sur les hauteurs de Munster dans le Haut-Rhin. Pas un jour ne passe sans qu’il jette un œil dans le rétroviseur, retournant en 2018, lorsqu’il s’est mis en tête de réhabiliter un ancien sanatorium, érigé en 1912 par l’architecte allemand Karl Bonatz, en résidence touristique. Huit ans plus tard, l’entrepreneur sourit lorsqu’on lui rappelle cette phrase, prononcée en 2024, où il reconnaissait "avoir fait la plus grosse connerie de sa vie".

Un hameau de sept hectares à réhabiliter en lieu de vie

"Je ne me suis jamais rendu compte de l’âge que j’avais", poursuit-il. Christian Hagenstein a 60 ans lorsqu’il s’attaque à ce projet pharaonique. Il vient de céder Batibois Alsace (une centaine de collaborateurs ; 25,81 M€ de CA en 2024), l’entreprise spécialisée dans le négoce et la transformation de bois et panneaux qu’il avait créée à Colmar en 1993, au groupe Derrey, distributeur de matériaux depuis les Vosges, après 33 ans à sa direction. De l’autre côté de la montagne, le centre de cure pour les malades atteints de tuberculose, annexe de l’hôpital Loewel de Munster, vient de fermer définitivement ses portes, n’étant plus aux normes.

Amener de la modernité dans un endroit austère

La vente du sanatorium est une opportunité inespérée. Le lieu emblématique du territoire étant l’un des terrains de jeu de Christian Hagenstein enfant. En l’acquérant, il hérite d’un hameau de sept hectares niché dans la forêt et à l’écart des axes de circulation. Son projet initial s’adosse à un investissement d’une dizaine de millions d’euros. Mais la pandémie de Covid-19 s’invite au planning et avec elle, la flambée du coût des matériaux. À l’arrivée, s’il refuse de donner un montant précis, il admet que "le différentiel économique qu’on avait au départ a bondi de 60 %, ce qui est difficilement tenable lorsqu’on n’a aucune rentrée d’argent". Mais l’homme tient bon.

Un instinct de survie

Christian Hagenstein, le bâtisseur à l’origine de la réhabilitation du Domaine du Haslach à Munster — Photo : DR

Les premières nuits, le sommeil se fait rare. Entre les alarmes qui se déclenchent, signalant des intrusions nocturnes, et les réflexions "pour savoir si on enlève un mur ou pas", le bâtisseur a de quoi cogiter. Son défi "d’amener de la modernité dans un endroit plutôt austère", dont le bâtiment principal lui fait penser au film "Shining" de Stanley Kubrik, nourrit également ses cauchemars.

Une partie de son capital personnel y passe, des amis viennent à la rescousse, les appartements du dernier étage sont vendus pour continuer de financer le projet. Les banques tiennent bon derrière lui et quelques aides financières émanant de la loi Montagne, octroyée par l’État, et une subvention attribuée par la Région Grand Est, atténuent la facture.

Guidé par "un instinct de survie" et "poussé par mon médecin", l’ancien dirigeant s’accroche — malgré un pacemaker et quelques stents- pour aller au terme de ce chantier titanesque. En résultent 49 hébergements touristiques répartis entre 37 chambres, sept écolodges conçus par Booa, le spécialiste alsacien de la maison à ossature bois qu’il n’a pu s’empêcher de customiser, et cinq cabanes perchées dans les arbres. Une piscine et un spa complètent le lieu "plein de bonnes ondes" et propice au calme, à la contemplation et aux escapades à pied sur le GR531 ou à VTT puisque le domaine propose leur location. Une épicerie, rassemblant des produits de première nécessité, est encore à l’étude pour les résidents.

Un projet familial qui recueille l’adhésion des locaux

Au-delà de son ambition de faire du Domaine de Haslach "un lieu de vie" sous couvert d’un établissement touristique qui aspire à une labellisation 4 étoiles d’ici la fin de l’année, Christian Hagenstein a également façonné l’endroit autour d’un projet familial devenu patrimonial dans lequel ses enfants s’engagent alors. En effet, son fils, Titouan, ancien membre de l’équipe de France de VTT, a entamé une reconversion professionnelle pour s’occuper du restaurant, tandis qu’Aude, sa fille, gère les hébergements. Son frère fait également partie de l’aventure. En tout, 18 emplois ont été créés mobilisant des salariés domiciliés dans la vallée de Munster comme Renaud, un ancien bûcheron en charge de l’entretien général du hameau et de sa piscine.

Préserver le tissu rural

L’adhésion des habitants "du cru" à ce projet constitue la principale fierté de ce bâtisseur éternel qui ambitionne 2,50 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’issue de cette première année d’exploitation. S’il avoue une certaine émotion à échanger de temps à autre en terrasse avec la dame de 102 ans, qui fut l’épouse du médecin en chef du sanatorium, Christian Hagenstein milite pour un développement raisonné de cet écrin vallonné situé à une quinzaine de kilomètres de Colmar en proie au tourisme de masse. "Il faut préserver ce tissu rural en aidant les jeunes qui reprennent des exploitations agricoles", affirme encore cet infatigable entrepreneur qui semblerait enfin avoir atteint l’épanouissement du travail bien fait depuis ce majestueux perchoir.

Haut-Rhin # Hôtellerie # Restauration # Investissement immobilier # Créations d'emplois # PME