Symboliquement, c'est à Connerré, berceau des rillettes, que la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs (Fict) a entamé mi-novembre son tour des régions visant à exposer aux pouvoirs publics la situation de la filière. Dans un contexte marqué par la hausse du prix des matières premières, les transformateurs de viande n'hésitent plus à parler de crise historique pour leurs entreprises. «Compte tenu de la hausse des prix du porc nous sommes obligés d'augmenter nos tarifs de 5 à 15% selon les produits, ce qui nous a été refusé par la grande distribution», souligne le président de la Fict, Robert Volut. Selon les industriels, la marge nette moyenne des fabricants de charcuterie ne dépasserait pas les 1% en 2011, les coûts de production s'étant envolés avec les prix du porc (+13% en 2011). Difficile quand cette matière première représente 50% des coûts. Pourtant, les indicateurs sont au vert. Les ventes en France ont progressé de 1,4% en un an et les industriels soutiennent la demande en sortant régulièrement de nouveaux produits. «Nous perdons de l'argent alors que nos volumes augmentent. La réduction de nos marges nous fait perdre 50 centimes par kilo de viande vendu, soit 2M€ perdus par notre industrie chaque jour», tempête Robert Volut. Les conséquences se font déjà sentir chez les 300 entreprises adhérentes de la Fict. Ainsi, 700 emplois auraient été perdus en 2011 et son président craint la destruction dans les mois à venir de 1.000 à 1.500 postes supplémentaires sur les 35.000 que compte la fédération.
Des craintes en Sarthe
Dans un département qui produit 3% de la charcuterie française (36.000 tonnes annuelles, dont 16.500 tonnes de rillettes), les craintes sur les 1.050 emplois sarthois générés par la filière sont palpables. «Nous sommes bons en volumes, mais nous avons avons un vrai problème de marge. 2012 sera déficiataire, comme 2011. Si ça continue, des emplois seront en jeu en 2013. On réduira l'intérim», explique Théophile Prunier, responsable marketing de l'entreprise éponyme, basée à Connerré (26M€ de CA, 140 salariés). Même constat chez Bahier à Sceaux-sur-Huisne (70M€ de CA, 400 salariés). «Nous avons déjà joué sur le levier de l'intérim. Nous pallions ces difficultés par des gains de productivité et une hausse de prix», souligne son directeur des ventes Eric Moquay. AuMans, la charcuterie Boussard qui emploie une dizaine de personnes a été placée en redressement judiciaire en octobre dernier.
Export remis en cause
«Cette fragilisation de nos entreprises nous bride dans nos investissements et remet en cause certains projets. On voudrait se préparer à l'export, mais on n'en a pas les moyens», constate Christian Prunier, P-dg de l'entreprise de Connerré. Pourtant un vrai levier pour la charcuterie industrielle française dont les exportations se montent à 311M€, quand les Italiens exportent leur production à hauteur de 1,2Md€.
Un recul de 0,3% sur un an et une balance commerciale à -312M€ pour le secteur. Une situation qui illustre le problème d'une filière de 300 entreprises, qui tend à la concentration et dont 21% des acteurs réalisent 77% des 6,2Mds€ de chiffre d'affaires du secteur.
Des solutions?
Au plan national, les industriels craignent des répercussions sur les filières élevage et abattage, qui pourraient à terme être elles aussi touchées. La charcuterie industrielle transforme en effet 70% de la production porcine française. La Fict en appelle donc aux pouvoirs publics. «Nous
demandons l'application de la Loi de modernisation de l'économie (LME) et que cessent les pratiques commerciales abusivent», martelle Robert Volut. Et de réclamer «une clause de révision de prix dans nos contrats avec la GMS applicable en cas de variations importantes des coûts de production». La Fict espère un accord national avant fin janvier2013.
Agroalimentaire. Malgré des volumes en hausse, les industriels de la charcuterie-salaison voient leurs marges diminuer. Pointé du doigt, le déséquilibre des négociations entre fabricants et grande distribution.