À la lecture du projet de traité de libre-échange transatlantique entre le Canada et l'UE, le Ceta, on comprend très vite que la Bretagne est, à l'image de sa position géographique, aux premières loges. Le traité consacre l'ouverture des marchés agricoles surtout dans un sens. Première région agricole de France, la Bretagne doit se préparer à voir les quotas d'importation de boeuf sans hormone canadien passer de 4.162 tonnes par an à 45.840 tonnes. Le Morbihan est aussi en première ligne pour le porc : 75.000 tonnes contre 5.549 tonnes. En échange de quoi, la France verrait en l'état ses quotas de fromage passer de 13.472 tonnes à 18.500 tonnes. Dommage, le Morbihan n'est pas une terre de fromages... Il n'y a pas que l'agriculture, diriez-vous. Non, il y a aussi les marchés publics, ouverts à 90 % en UE. Le traité a été âprement négocié puisque le Canada a accepté d'ouvrir son marché de 10 à 30 % ! Royal. On ne peut blâmer la volonté de développer les échanges, surtout avec nos cousins québécois, mais au lieu de pousser les feux perpétuels du saut dans l'inconnu, ne serait-il pas judicieux de travailler au corps l'intensité des relations bilatérales, comme vient de le faire le Pôle Mer Bretagne Atlantique à Québec avec une double signature renforçant la coopération ? Le Canada ne représente que 2 % des investissements étrangers en Morbihan comme en Bretagne (CCI). Le pouvoir de nuisance de la « petite » province wallonne, qui a réussi à obtenir concessions et garanties sur le CETA, souligne le peu de poids des régions françaises. Plutôt que de se réfugier derrière le maquis de quelque 1.590 pages et d'espérer des miracles d'un tel traité, l'UE comme la France doivent avant tout réformer leurs institutions pour restaurer leur compétitivité interne.