Centigon France : Le blindage par passion

Centigon France : Le blindage par passion

Spécialisée dans le blindage de véhicules, l'entreprise Centigon est aujourd'hui l'un des leaders mondiaux de ce secteur. Une place acquise grâce à la passion qui anime quotidiennement l'ensemble de son personnel. Julien Uguet

Fernand Labbé, carrossier à Lamballe, avait vu juste quand, en 1971, il a sorti de son atelier son premier véhicule blindé. Une camionnette de transports de fonds qui marquera le début d'une longue série. 37 ans plus tard, les descendants de Fernand Labbé ne sont plus aux commandes de l'entreprise, mais l'activité, où discrétion et performance sont les deux mamelles du succès, perdure. Constituant même dans le microcosme économique costarmoricain le principal fleuron de l'industrie départementale. L'histoire aurait pourtant pu être tout autre, tant l'actionnariat de l'entreprise lamballaise a connu de nombreux changements. Rachetée en 1997 par l'américain O'Gara Hess & Einsenhardt, la société est passée sous le contrôle, quatre ans plus tard, d'Armor Holdings. Nouveau changement en 2008 avec l'arrivée du groupe belge Carat Duchatelet. Et de l'entreprise Labbé des années 70, il faut aujourd'hui parler de Centigon. «Les deux structures resteront à jamais liées, et ce malgré la cession de l'activité carrosserie au groupe Gruau en 2002», confie Bruno Laurent, P-dg de Centigon.




La force des salariés

De nombreuses entreprises auraient eu du mal à digérer ces bouleversements successifs. Restructuration, délocalisation, fermeture de site sont souvent monnaie courante, notamment avec la prise de contrôle d'actionnaires étrangers. Le cas de Chaffoteaux et Maury en est le parfait exemple. À la volatilité de son capital, Centigon a répondu par son haut niveau de savoir-faire et surtout par la passion qui anime au quotidien ses 200 salariés. «Le personnel constitue 60% de la valeur de nos produits, confirme Bruno Laurent. Ici, la transmission des compétences s'effectue par compagnonnage. Un ouvrier n'est opérationnel qu'au bout de huit ans. Pas facile dans ces conditions d'imaginer Centigon quitter Lamballe. La principale valeur ajoutée de l'entreprise se trouve, ici, sur son territoire. Et cela n'a pas de prix.» De l'expert en balistique aux plieurs de tôle épaisse, en passant par les monteurs automobiles, Centigon s'appuie sur une kyrielle de métiers, où artisanat et haute technologie se marient à la perfection. Il faut compter entre 12 semaines et un an et demi pour sécuriser un véhicule. «Notre travail consiste à vendre à nos clients une minute de vie supplémentaire. Nos produits doivent à la fois arrêter les balles mais aussi conserver toute leur mobilité. Tout cela sans que l'assaillant potentiel ne puisse identifier que le fourgon ou la berline visés est blindé.»




Travail de R & D

18 personnes travaillent au quotidien au bureau d'études. «La recherche et le développement sont fondamentaux dans notre métier. Il est nécessaire de conserver ce que les Anglo-Saxons appellent le gap, ces trois années d'avance sur la concurrence.» En moyenne, 4% du chiffre d'affaires annuel est injecté en R & D. «Depuis la guerre en Irak, nous focalisons une partie de nos efforts sur la protection contre les explosifs.» Le créneau de «l'entertainment on board», qui inclut entre autres les systèmes de vidéo projection ou les équipements de liaisons satellites, est également suivi avec attention. Tournée à 70% vers l'export, Centigon n'en garde pas moins un oeil avisé sur son environnement proche. Pas pour vendre des voitures mais plutôt pour se positionner en soutien de l'économie locale. Ainsi, dans les 12.000m² de hangars de l'entreprise, on peut actuellement croiser une douzaine de personnes revêtues des uniformes de la carrosserie Labbé. Des visiteurs de passage? Plutôt des ouvriers travaillant pour Centigon dans le cadre d'un contrat de mise à disposition. «À notre manière, nous aidons notre voisin en difficulté. Ses collaborateurs disposent d'un savoir-faire dont nous pouvons tirer partie. En parallèle, cela permet à Labbé de conserver un effectif constant.» Comme quoi, même 12 ans après leur séparation, les liens entre les deux entreprises restent étroits. C'est Fernand Labbé qui doit être heureux.