La nouvelle, le 2 avril dernier, a fait l'effet d'une douche froide. Sans crier gare, Jean-Bernard Devernois, président de la CCI de Roanne Loire Nord, annonce aux élus consulaires qu'il ne souhaite pas terminer son mandat et démissionne sur le champ. Démission confirmée officiellement, dès le lendemain, par un communiqué de presse. Jean-Bernard Devernois y fait état de « raisons personnelles », l'opinion publique imaginant un problème de santé. Antoine Francioso et François Damarin, ses deux vice-présidents, acceptent de faire l'intérim en attendant qu'un nouveau président soit élu, dans les semaines à venir. Antoine Francioso, ancien dirigeant des Cartonnages du Roannais, déclare même publiquement sa candidature.
Revirement
Coup de théâtre, le 23 avril dernier. Jean-Bernard Devernois reprend sa casquette de président. Trois semaines après l'annonce de la démission du président, un deuxième communiqué de presse précise : « le Préfet de Région, Jean-François Carenco, a averti le président de la CCI Roanne Loire Nord de son refus de la démission que celui-ci avait présentée le 2 avril ». Interrogé, Jean-Bernard Devernois complète : « J'ai démissionné pour des raisons personnelles. Elles n'existent plus, j'accepte donc la décision du préfet Carenco et je reprends mes fonctions ». Décision du Préfet qui, en réalité, n'en est pas vraiment une puisqu'en la matière Jean-François Carenco n'a pas un pouvoir de décision mais seulement d'influence. Pouvoir d'influence qu'il a accepté d'exercer suite à l'intervention de Lucien Deveaux, fondateur du groupe éponyme (Boutiques Armand Thierry) et ex-président emblématique de la CCI du Roannais. Alors, qu'est-ce qui a poussé Jean-Bernard Devernois, réputé pour sa rigueur et son implication personnelle pour le développement de son territoire, à se retirer de son poste puis à revenir ?
Coup d'éclat
« Un coup de colère », « un coup de sang », « un coup d'inquiétude ». Les termes sont policés et choisis avec soin. Le monde économique roannais a été surpris, voire froissé, par la démission de Jean-Bernard Devernois mais aucun des nombreux dirigeants roannais interrogés n'a souhaité commenter officiellement l'affaire afin de ne pas ternir la réputation personnelle et professionnelle de Jean-Bernard Devernois. L'un d'entre eux, ex-élu de la CCI, confie pourtant : « C'est vrai que sa décision nous a beaucoup étonnés mais Jean-Bernard Devernois est un homme d'une carrure telle que je ne me permettrais pas de faire le moindre commentaire sur le sujet. Si mes confrères réagissent de la même façon que moi, c'est peut-être parce qu'il a tellement oeuvré pour Roanne, et nous avons tellement besoin de lui, que nous acceptons bien volontiers de passer l'éponge et d'oublier cette histoire ».
Secret de polichinelle
Passer l'éponge ? Mais sur quoi exactement ? Secret de polichinelle, le microcosme économique roannais a néanmoins décidé de fermer la parenthèse sur une affaire qui, plus que personnelle, semblerait plutôt liée, selon plusieurs sources, au changement d'exécutif à la mairie de Roanne et au limogeage probable de sa directrice de la communication qui n'est autre qu'Émilie Devernois, la fille de Jean-Bernard Devernois. Interrogés sur la question, ni Émilie Devernois, Laure Déroche (l'ex-maire de Roanne), Yves Nicolin (le nouveau maire de Roanne) ou Jean-Bernard Devernois lui-même n'ont pas souhaité confirmer cette information, tout en la démentant du bout des lèvres. Un secret de polichinelle donc, mais qui ne sera pas confirmé officiellement. « Ne parlons plus de cette histoire et remettons-nous au travail », lance d'ailleurs, un peu agacé, un élu de la CCI. Un autre dirigeant roannais poursuit : « Heureusement qu'il est revenu sur sa démission, sinon il est presque certain que la CCI de Roanne aurait été avalée rapidement par Saint-Étienne. Jean-Bernard Devernois se bat pour notre territoire ». Sur les raisons de la démission de Jean-Bernard Devernois, Jean-Paul Mauduy, président de la CCIR Rhône-Alpes constate sobrement que « la CCI de Roanne est probablement une des chambres de France qui a fait le plus d'efforts budgétaires. Jean-Bernard Devernois s'est battu pour la LGV, pour sa chambre. On ne peut pas soupçonner que les décisions d'un homme d'une telle stature soient contestables. »
Jean-Bernard Devernois, président de la CCI de Roanne, a démissionné le 2 avril dernier avant de revenir sur sa décision trois semaines plus tard. Les coulisses de l'affaire.