En 2011, 22millions d'euros ont été générés par les machines à sous et jeux de tables en Morbihan au sein des quatre casinos. Ce produit brut des jeux, indicateur de référence, est en augmentation de 6,5% par rapport à 2010. Après impôt, entre 10% et 15% reviennent aux villes accueillant les casinos: Quiberon, Carnac, LaTrinité-sur-Mer et Arzon. En 10 ans, la commune de la presqu'île de Rhuys a ainsi récolté plus de 4,3millions d'euros de prélèvement, quand la Ville de Carnac, elle, peut toucher jusqu'à 1,4million d'euros en une année ; la meilleure du casino Barrière. En 2011, les prélèvements s'élevaient ainsi à 2,166millions d'euros. Cette taxe inhérente aux casinotiers est une manne non négligeable à reporter sur les budgets de fonctionnement des collectivités. Qui pourrait réduire comme peau de chagrin si les projets de nouveaux casinos à Larmor-Plage et Vannes voient le jour.
Un marché déjà saturé
«C'est clair, les quatre casinos existants n'auront plus qu'à fermer, ou au mieux à devenir saisonniers», observe Arnaud Mandret, directeur du Casino de Quiberon. Moins pessimiste, son confrère d'Arzon estime qu'«au moins deux casinos seraient liquidés dans la première année». Avec 35% de clients Vannetais, le Joacasino d'Arzon peine déjà à être rentable l'hiver. «Après les trois années difficiles que l'on vient de traverser, ces projets sont inquiétants», indique Christophe Le Berre. Avec la précédente crise, la libéralisation des jeux en ligne et l'arrêt du tabac dans ce type d'établissement, «les casinos ont perdu entre 20 et 30% de leur produit brut des jeux depuis 2008», constate Arnaud Mandret. À Quiberon ou LaTrinité-sur-Mer, c'est le même scénario qu'à Arzon: 35à 40% de la clientèle viennent de l'agglomération lorientaise, 25% de Vannes et 20% du pays d'Auray. «Si les deux casinos sortent de terre, mes clients auront vite fait le choix d'aller à Larmor-Plage ou à Vannes: en terme de kilomètres et de temps, c'est beaucoup plus rapide que de venir à Quiberon», estime Arnaud Mandret. Moins catégorique, Julien Van de Rosieren, directeur du casino Partouche de LaTrinité-sur-Mer estime qu'il peut conserver sa clientèle. «Tout dépend de la relation que l'on a avec le client. C'est un peu David contre Goliath, mais c'est aussi la loi du marché».
Deux projets en chantier
Tout juste en train de redresser la barre, les casinos morbihannais se voient déjà mis à terre par l'arrivée de deux mastodontes des jeux d'argent. Des géants pour lesquels Joacasino ou Ficaudière (Quiberon) se porteraient pourtant volontiers candidats... À Vannes, le maire David Robo, qui souhaite développer les congrès, aimerait voir ouvrir le casino au parc du Golfe fin 2014 dans un bâtiment de 3.000m² comprenant salles de jeux, de spectacle et restaurant. La mairie de Vannes avance la création de 50 à 100 emplois directs. Des embauches qui viendront forcément combler les pertes provoquées par la fermeture d'autres casinos ou par la réduction de leurs effectifs. «D'après Atout France, qui a mené l'étude d'impact à Vannes, les quatre casinos morbihannais ont le potentiel pour poursuivre leur activité», assure David Robo. C'est sans compter sur le sixième projet porté par la municipalité de Larmor-Plage, avec à sa tête Victor Tonnerre. La Ville a déclassé 5.000m² des 2,5 hectares du camping municipal en modifiant les règles d'urbanisme. Si le projet comporte également restaurant, parkings souterrain et aérien, son aboutissement dépend lui aussi d'une mécanique complexe.
Les dés ne sont pas jetés
À Vannes comme à Larmor-Plage, la procédure est lancée ce mois-ci, avec l'appel à candidatures pour la future délégation de service public. «Développer des casinos sur un département n'apporte aucune plus-value. On ne fait que se partager des clients», se désole Christophe Le Berre. Et si le gâteau ne grossit pas davantage, les parts elles, risqueraient du coup d'être divisées encore. «Nous sommes dans un marché de niche. Sur 100 personnes, seulement 14 jouent», affirme le directeur de Joacasino d'Arzon. Mais les dés ne sont pas jetés. Chacun des dossiers doit passer entre les mains de l'État, devant la commission nationale des jeux qui prendra en compte notamment la situation de la concurrence et la proximité géographique des établissements. Loin de noircir encore le tableau, les professionnels constatent tout de même un regain d'intérêt pour les casinos ces derniers mois, à l'instar des jeux de grattage et des loteries qui affichent des chiffres records en 2011. À un million d'euros de moins de son année record en 2005, Joacasino à Arzon se satisfait d'être à nouveau dans la courbe ascendante. Réalisant 7% d'augmentation sur ses machines à sous. Là où l'établissement de LaTrinité-sur-Mer progresse lui aussi de 16%.
Loisirs L'annonce de la création de deux casinos supplémentaires dans le Morbihan inquiète la profession, déjà mise à mal depuis 2008.
Derrière la question du marché, non extensible, se pose celle de la manne financière qui profite aux communes.