Bretagne Chimie Fine, qui transforme les plumes en produits chimiques, peaufine actuellement les réglages de deux économiseurs. Cet investissement de 90.000 €, soutenu à hauteur de 30% par le Conseil général, doit permettre à cet imposant site industriel truffé de cuves métalliques d'économiser 5% à 8% de son énergie. Gourmand en soude, BCF est aussi très consommateur de gaz, à hauteur de 45.000 mégawatts/heure par an. L'usine établie sur 11 hectares produit des acides aminés, la tyrosine et la cystine. De cette dernière est extraite de la carbocystéine, un principe actif que l'on retrouve dans des sirops expectorants commercialisés par Sanofi. Mais les clients de Bretagne Chimie Fine se trouvent aussi dans l'aquaculture, les fabricants d'aliments pour animaux domestiques ou de fertilisants.
340 tonnes de cystine
«Nous allons produire cette année environ 340 tonnes de cystine, ce qui fait de nous le leader européen», souligne Jacques Pidoux, président. «Nous sommes les seuls sur le vieux continent à faire de l'extraction en utilisant de la kératine de plumes de poulets. Nos abattoirs sont sélectionnés par la direction des services vétérinaires, nous sommes certifiés AG852.2004 pour la consommation humaine au niveau européen.»
Dirigeants au capital
La traçabilité n'est pas la même chez les concurrents chinois producteurs de carbocystéine. «Il y a deux métiers», complète Renaud Sergheraert, directeur général. «Ceux qui extraient et ceux qui transforment. Nous avons intégré la chaîne verticalement. Ce n'est pas le cas chez certains en Allemagne et en Espagne. Nos clients les grandes marques ne peuvent se permettre de prendre des risques». Le métier de BCF est très capitalistique. Les investissements annuels dans l'usine pèsent 7 à 10% du chiffre d'affaires annuel, la R & D absorbe, au bas mot, 1,5% du CA. Avec Henri Lagarde, l'ancien président de Guyomarc'h, groupe qui avait créé Bretagne Chimie Fine en 1986, Jacques Pidoux et Renaud Sergheraert détiennent depuis un an 40% du capital de BCF. Les trois hommes ont fait leurs armes chez Royal Canin. Un peu plus de 50% restent détenus par Siparex, l'un des deux fonds d'investissement précédemment propriétaire. Unigrains possède pour sa part un peu moins de 10%. «Le fait que le management détienne une partie du capital influe sur la philosophie de développement», remarque Jacques Pidoux. Il faut ici tenir compte du caractère unique du métier et des compétences spécifiques (et rares) des salariés. «Nous investissons beaucoup dans la formation, nous avons développé une grille de qualification de 1 à 9, avec des salariés qui, au fil de leur carrière, auront plusieurs niveaux de polyvalence», explique Renaud Sergheraert.
Du sirop contre la toux à partir de plumes de poulets? C'est à Pleucadeuc que ça se passe sous l'égide de Bretagne Chimie Fine et de ses nouveaux actionnaires.