Le marché de la bière recule: de 5% (en volume) en 2008, tous réseaux de distribution confondus (grandes surfaces, cafés-hôtels-restaurants...). L'an passé, il représentait 18,6millions d'hectolitres. La baisse la plus notable est enregistrée par le secteur des cafés, hôtels, restaurants (CHR).
8% de baisse au premier semestre
C'est un fait. Depuis une trentaine d'années, le marché français baisse d'1% par an. Seuls les hardiscounters voient leurs ventes progresser de 2,6%. En 2009, la tendance s'accentue encore avec une baisse de 8% au premier semestre de cette année. Cependant, dans la région, les brasseries semblent tirer leur épingle du jeu, grâce notamment aux bières de spécialités et autres innovations marketing. Les micro-brasseries sont même des championnes régionales de l'exportation, en tête des réseaux dynamiques à l'international.
2008, année historique
La donne change aussi pour les mastodontes de la filière. «Pour Heineken France, 2008 est une année historique, l'année où Heineken est devenue leader du marché de la bière en France, en passant devant le concurrent historique», se targue Frans Eusman, président d'Heineken France (CA2008: 1,68Md€ dont 914M€ pour Heineken Entreprise et 926M€ pour France Boissons). Il fait allusion au fait d'avoir détrôné Kronenbourg (CA: 826M€). «Cela est dû en bonne partie au développement de la marque Heineken», analyse Frans Eusman qui a investi 50M€ en France dont 30M€ dans le Nord, à Mons-en-Baroeul.
Les bières spéciales aussi
Pour les géants, les bières spéciales comptent dans leur succès. Heineken mise beaucoup sur la Desperados depuis sa création en 1995. «La bière régionale Pelforth a connu une croissance de 15% en 2008 sur un marché en baisse de 5%», se félicite Frans Eusman. Annick Castelain, dirigeante de la brasserie éponyme (qui fête les 30ans de la Ch'ti) fait aussi ce constat de l'attrait des bières spéciales. «Le créneau de la bière de spécialité ne suit pas la tendance du marché national: il progresse toujours. Il est donc logique d'observer que les acteurs du marché, petits ou gros, s'intéressent à ces débouchés.» L'engouement pour ces bières spéciales est tel que même les micro-brasseries s'y mettent. À Blaringhem, la Brasserie du Pays flamand vient de créer la Leersoise, bière ambrée de haute fermentation obtenue à partir de farine de froment du moulin de Leers, lui-même en pleine reconversion.
Créer l'événement
À la brasserie l'Artésienne, née en 2007 à Auchy-les-Mines, Thomas Pierre, âgé de 25ans a parié uniquement sur les créneaux des bières évènementielles et spéciales comme la Weed, une bière au chanvre. Et ça marche! Entre points de vente professionnels et petits magasins, il s'est déjà constitué une bonne clientèle. Un autre produit a actuellement le vent en poupe: les bières de distributeurs. C'est le créneau sur lequel se positionne la Brasserie de Saint-Omer, rachetée à Heineken il y a quelques mois par André Pecqueur, qui en a été le directeur pendant plusieurs années: «Le recul du marché de la bière n'a pas d'impact sur notre activité puisque la bière de premier prix est un produit qui fonctionne bien aujourd'hui.»
Des marchés complémentaires
Nombreux, les professionnels semblent toutefois se satisfaire de cette concurrence. «La présence de confrères crée de la dynamique. C'est positif. Nous voulons simplement qu'il n'y ait pas de mauvais produits qui sortent. Nos consommateurs pourraient alors s'orienter vers d'autres produits», annonce Annick Castelain. Dans la seconde région productrice de bières, des entreprises fleurissent autour de cet univers et notamment sur le web. C'est le cas de pompe-à-biere.com ou encore de saveur-biere.com, respectivement basées à Hazebrouck et à Roubaix. Le concept de vente de bières et de tireuses à bières fonctionne. Pour preuve, leur activité est en croissance depuis plusieurs années.
Restructuration et investissements d'Heineken à Mons-en-Baroeul, reprise de la Brasserie de Saint-Omer, succès des micro-brasseries locales à l'international... Dans le Nord - Pas-de-Calais, le brassin est en pleine ébullition. Une nouvelle donne s'opère. Alors que la récolte du houblon débute ce mois-ci, tour d'horizon d'un secteur économique porteur dans la région, malgré un déclin national de la consommation.
Dossier réalisé par Ségolène Mahias, Élodie Soury-Lavergne, Géry Bertrande et Thomas Baume