« Lorsque les salariés de Boyer dont moi avons appris en janvier 2013 qu'Alain Deval, l'ex-dirigeant de la société Boyer, volait de l'argent dans les caisses de l'entreprise, on s'est dit qu'on ne pouvait plus travailler pour ce patron, assène Serge Gérard, P-dg de l'entreprise. En mars de la même année, il a été condamné à 36 mois de prison avec sursis, 10.000 € d'amende et l'interdiction de gérer une société à vie.
La trésorerie était mal en point. Je me suis alors proposé pour racheter la société. J'avais déjà voulu la reprendre en 2007-2008. Ironie du sort, j'étais en concurrence avec un autre repreneur qui n'était autre qu'Alain Deval. J'ai échoué car je n'étais peut-être pas assez " aiguisé ". Cette fois-ci, je me montre moins timide. Je me retrouve face à deux autres repreneurs, mais je suis le seul à proposer de racheter l'entreprise avec ses salariés et ses dettes. Actionnaire majoritaire, Alain Deval refuse de vendre ses parts. Je peux compter sur le soutien des employés révoltés de travailler pour quelqu'un qui volait dans les caisses. Tous signent une lettre écrite par le délégué du personnel demandant que je sois choisi. Ils la remettent à l'administrateur provisoire. Nommé par le Tribunal de commerce, ce dernier gère Boyer pour palier la mise à pied de son ex-dirigeant. Mais il ne peut agir, ni investir. L'entreprise est en danger à ce moment-là ».
35 salariés sauvés « L
e cédant, Alain Deval, finit par accepter ma proposition de reprise de l'usine. Je rachète les actions. Dans la foulée, je rachète l'entreprise JMSO spécialisée dans la production de joints et qui compte deux salariés. Mais au prix de gros sacrifices. J'ai dû vendre une grande partie de mes biens immobiliers dont une de mes deux maisons. Et j'ai pu emprunter, difficilement, le reste au Crédit agricole. À ce moment-là, Boyer était vouée au dépôt de bilan. Je pouvais déclarer la faillite pour un euro symbolique. J'ai refusé. Cela lui aurait donné une mauvaise image vis-à-vis des clients. Cette enseigne créée en 1936 et de renommée internationale ne pouvait être salie. Nos fournisseurs de matière première nous ont aussi soutenus à leur façon : ils ont accepté que les paiements soient différés. On leur devait 140 000€ au plus fort de la crise. On s'est serré la ceinture. Boyer n'exposait plus dans les salons. Mais le plus important, c'est d'avoir sauvé 35 salariés : ils représentent pour moi 35 familles préservées ».
Un avenir pour Boyer ? « Aujourd'hui, il reste quelques dettes mais tous les fournisseurs sont payés. Deux embauches sont prévues, dont une chargée de l'exportation. Je compte également investir pour que nous restions sur le marché. Renouveler des machines qui commencent à être vétustes par exemple. Le site de JMSO à Cenon sera délocalisé à Gradignan. Boyer a un avenir. Et si la concurrence italienne est dure, je compte sur la qualité de nos conceptions de portes et trappes en inox où le moindre défaut est traqué. »
Autodidacte
« O
n peut dire que j'ai eu un sacré parcours. Je suis un autodidacte. J'ai 32 ans de boîte. Au départ j'étais ouvrier dans la conception. Puis je suis devenu magasinier, je le suis resté pendant dix ans. Régulièrement je grimpais les échelons. J'ai atterri au service achat/logistique où l'on m'a confié plus de responsabilités et j'ai fini directeur général. Aujourd'hui je suis P-dg. »
BOYER
(Gradignan) P-dg : Serge Gérard CA 2013 : 4,5M ? 35 salariés 05 57 96 53 10