Son accent chantant, son regard bienveillant, la bonhomie qui se dégage du personnage pourraient presque le faire oublier: Jean Puech peut être considéré comme un sage de la République. Un sage, mais toujours au travail: le 18décembre 2008, à Darney dans les Vosges, Nicolas Sarkozy confiait au sénateur de l'Aveyron une mission sur le développement de la filière bois française. La lettre de mission stipulait: «Vous me remettrez vos propositions pour le 31mars». Le délai a été respecté, et une quinzaine parmi les 42 propositions contenues dans ce qui est aujourd'hui désigné comme le rapport Puech, ont été reprises par le président de la République. Ministre de l'Agriculture et de la Pêche du gouvernement d'Édouard Balladur de 1993 à 1995 puis ministre de la Fonction publique du gouvernement d'Alain Juppé en 1995, Jean Puech a présenté aux étudiants d'AgroParisTech de Nancy les grandes lignes de son rapport. Avec franchise et une certaine modestie, l'homme politique s'est plié aux exigences du débat. Réservant à son auditoire quelques moments convenus: «Il faut remonter à bien longtemps pour entendre un président parler de la filière bois.»
Un fonds pour engager des chantiers
Mais aussi quelques saillies plus surprenantes: «Certaines mesures ont été déjà prises, mais il faut le reconnaître, l'État n'a plus un sou». Au rang des avancées concrètes, l'ancien ministre a insisté sur le Fonds stratégique bois, dotés de 100millions d'euros grâce au concours de filières privées: «Cela va nous permettre d'engager des chantiers», estime Jean Puech. Autre motif de satisfaction, le décret autorisant l'isolation extérieure des maisons sans avoir à déposer de permis de construire: une manière de mettre en avant le bois sans le dire, puisque les dispositions européennes interdisent de favoriser une filière. Le rapport Puech contient aussi quelques dispositions qui ont soulevé les interrogations des étudiants, comme «Récolter plus tout en protégeant mieux la forêt». Question d'une jeune fille: «Est-ce que vous pensez qu'en développant l'industrialisation, on va réussir à mieux protéger la forêt?» Sans ciller, le ministre s'empare du micro pour préciser à quel point les scieries françaises sont sous-dimensionnées: «J'ai visité des scieries allemandes qui produisaient 1million de m³ par an. Quand certaines scieries françaises restent bloquées à 5.000m³.» Et de détailler la nécessaire modernisation de l'outillage, permettant ainsi de mettre sur le marché du bois prêt à être commercialisé. Une manière d'éviter les allers et venues sur des camions. Sur le même registre, Jean Puech s'est aussi emballé pour la production d'énergie à base de copeaux et de sciures, évoquant le cas d'une scierie alimentant en électricité une ville de 20.000 habitants. Au cours du débat, le sénateur de l'Aveyron a dévoilé une idée originale: les forêts françaises étant d'énormes consommatrices de C02, il souhaite voir entrer sur le marché du carbone les propriétaires de parcelles forestières: «Un hectare de forêt absorbe 20 tonnes de CO2 par an.» Encore un moyen de lutter contre les déficits faramineux de la filière bois, évalués à 7milliards par an en France.
Parrain de la 17e promotion des ingénieurs forestiers d'AgroParisTech de Nancy, Jean Puech a frotté quelques-unes des 42 propositions de son rapport à la génération qui vient.