Be reizh, à savoir « équitable » en breton. Voilà le nom de la nouvelle marque qui allie bio et Bretagne. Lancée par le réseau d'entreprises Initiative Bio Bretagne (IBB), elle a été dévoilée à Lorient fin 2016. « C'est une demande des consommateurs, explique Goulven Oillic, coordinateur filières, restauration collective, études et développement économique d'IBB. Leur remarque était que s'ils consommaient bio, ils n'étaient pas sûrs que les produits viennent de Bretagne. Avec cette marque, désormais ils le sauront. »
Sept entreprises « pionnières »
Parmi ses 155 membres, sept entreprises, dites pionnières, affichent d'ores et déjà la marque. On retrouve par exemple la charcuterie artisanale Kervern en Ille-et-Vilaine, la conserverie la Marmite bretonne dans le Morbihan, le cidrier Le P'tit Fausset dans les Côtes d'Armor ou encore le glacier Jampi dans le Finistère. Une évidence pour Jean-Pierre Lallemand, le patron de Jampi, dont un tiers de la production a le label bio. « On a été les premiers, dès les années 90, à faire des crèmes glacées bio en France. C'est important de montrer qu'on est toujours pionnier », rappelle le dirigeant, qui utilise uniquement du lait bio.
Une croissance soutenue
De quoi augmenter encore les ventes de bio dans la région, même si la filière n'en a pas spécialement besoin. « La croissance est continue. Le marché bio avoisine, en Bretagne, les 350 millions d'euros, calcule Gouven Oillic. Avec une tendance nationale à +15 % par an, on dépasserait les 400 millions d'euros pour la région en 2018. Or, c'est une estimation basse, car depuis le début d'année, on s'aperçoit qu'en France, la croissance est plutôt autour de +20 %. » « On a eu un palier, il y a trois ou quatre ans. Mais depuis deux ans, la demande est repartie à la hausse », note Jean-Pierre Lallemand. Parmi les causes de cette hausse, on trouve notamment la prise de conscience de l'impact environnemental. « Les clients viennent souvent chez nous pour acheter en vrac, pour réduire leurs emballages, constate Anja Gautier, responsable achats des magasins Scarabée Biocoop rennais. Ils se tournent aussi de plus en plus vers le végétal, qui est le plus souvent bio, et qui montre leur volonté de manger sain ».
Croissance problèmes
Mais cette forte demande n'est pas sans poser problèmes aux entreprises transformatrices, notamment. « Le contexte est compliqué », explique Frédérick Bourget, le directeur de la laiterie Le Gall. La filiale de la Sill fabrique plusieurs produits bio (beurre, yaourts, etc.), à Quimper et à Saint-Malo. La Sill collecte 15 millions de litres de lait bio par an, soit la moitié des besoins de la laiterie environ. « Pour le reste on travaille avec un partenaire : Biolait. » « Le public n'imagine pas mais la demande est telle qu'on est proche de la rupture. Il va y avoir un manque de matières premières », estime Frédérick Bourget. Même son de cloche dans les micro-brasseries, comme à Sainte-Colombe en Ille-et-Vilaine qui veut relancer une gamme bio. Mais l'approvisionnement reste tendu. « Et cela va poser problème, notamment à la GMS qui n'aurait pas de partenariat fort, poursuit Frédérick Bourget. Une partie des distributeurs continue à vouloir se bagarrer sur les prix. C'est aberrant. » Car, en France, si la vente directe et les magasins spécialisés type Biocoop représente plus de 50 % des ventes, la GMS s'y est mise et s'octroie désormais 45 % de part de marché, selon une étude 2015 de l'institut CSA.
Surcoût et aléas
« La croissance du bio attise les convoitises pour des raisons mercantiles. On voit le développement du bio dans les GMS. C'est peut-être un peu trop à la mode », regrette le patron de Jampi, qui défend une vision militante du bio : « la défense de la nature ». La même que Frédérick Bourget : « Pour moi, il y a deux types d'entreprises dans le bio. Celles qui y voient un axe de différenciation et qui veulent faire baisser les prix. Et puis celles qui, souvent dans une démarche historique, sont là pour créer une filière biologique. À la laiterie Le Gall, on a accompagné, parfois même financièrement, des producteurs qui voulaient passer bio. Ça n'a pas marché tout de suite. » Et ce choix du bio entraîne des conséquences pour la production. Un surcoût d'abord, s'accordent à dire les deux dirigeants. « Et puis, tous les jours, on a des écarts, de 15 à 20 % dans les volumes de lait que l'on reçoit et ceux prévus. Il faut l'accepter et s'adapter. Et avoir des clients qui comprennent qu'ils ne pourront pas être livrés parfaitement tout le temps », ajoute le directeur de la laiterie Le Gall.
Un engagement
« Bien sûr, il y a un intérêt gustatif aussi au bio. C'est vrai quand on utilise des fraises de Plougastel bio, par exemple. Par contre, il n'y a aucune incidence quand c'est du lait ou du sucre bio », précise Jean-Pierre Lallemand. L'envie d'améliorer son produit n'est donc pas une raison suffisante pour faire la bascule. « Le bio, c'est un engagement », souligne le patron de Jampi. Quant à l'idée d'augmenter encore sa production de bio, Jean-Pierre Lallemand est sceptique. « C'est utopique de penser qu'on pourra tout passer en bio. Ce n'est pas tenable économiquement à cause du surcoût. » « On ne cherche pas le volume avec le bio, renchérit Frédérick Bourget. On préfère travailler avec des gens qui ont compris la particularité du bio ! »