Bien évaluer ses besoins (ni trop, ni trop peu!)
# Conjoncture

Bien évaluer ses besoins (ni trop, ni trop peu!)

Bien évaluer ses financements est l'une des clés de la réussite d'un projet. Côté création, les porteurs de projet ont souvent tendance à minorer leurs besoins. Et cela se paie cash au bout de quelques mois!

«Un de nos adhérents vient de m'annoncer qu'il était contraint de cesser son activité. Il fait du chiffre mais il a tablé sur un démarrage rapide alors qu'il lui a fallu six mois pour décoller. Résultat, il est à sec de trésorerie.» Cet exemple cité par Robin Lecat-Foveau, président du Club des créateurs et repreneurs d'entreprise (CCRE) d'Ille-et-Vilaine illustre un point clef du passage au projet à l'entreprise: l'évaluation initiale des besoins de financement. «Bien évaluer ses besoins de financement est une règle première, prévient Frédéric Cameo Ponz, président national des boutiques de gestion (BGE). Souvent, le créateur a tendance à les minorer pour ne pas effrayer son banquier. Mais un banquier, en professionnel, sait juger de la cohérence d'un plan de financement.» L'important est d'identifier au départ les investissements nécessaires. Investissements matériels mais aussi commerciaux: achat d'un fonds, signalétique, outils de communication, etc. Deuxième étape: le calcul du besoin en fonds de roulement (page suivante), c'est-à-dire les sommes nécessaires à l'entreprise pour produire, payer ses charges, constituer ses stocks et le paiement effectif de ses factures. «C'est une notion assez complexe pour un profane et il faut un peu de temps pour l'expliquer mais globalement les gens comprennent de quoi il s'agit», commente Frédéric Cameo Ponz.




Prévoir large

Ce calcul est primordial et ne doit rien laisser au hasard. Exemple de cet artisan qui a trouvé rapidement des marchés à plus de cent kilomètres de chez lui... mais qui n'a pas intégré le coût des frais de déplacement! Aux investissements et au BFR, il faut ajouter les besoins de trésorerie en phase de démarrage. «Trop de gens, faute d'avoir regardé ce qui se fait ailleurs, font l'erreur de croire que le démarrage va être rapide. Sauf que les journées ne font que 24h!», lance Robin Lecat-Foveau. «Être chef d'entreprise huit ou dix heures par jour, ce n'est pas produire huit à dix heures par jour. Il faut aussi gérer, manager. C'est une réalité qu'il faut prendre en compte. Il faut se poser la question du temps de chacun des métiers du chef d'entreprise. Du coup, si je prévoyais trois mois pour décoller, j'ai tout intérêt à multiplier cette prévision par deux. Le projet sera d'autant plus crédible aux yeux du banquier, si la prévision est raisonnable. Et si finalement il y a du "trop", cela me laissera une marge de manoeuvre toujours bienvenue.» Ce n'est qu'une fois les besoins listés que se posera la question des ressources, en tendant à un ratio fonds propres-endettement optimisé.




La part des fonds propres

«Tout dépend des garanties apportées mais un des éléments clefs dans la négociation bancaire est la part des fonds propres. Si, sur un plan de financement de 100.000€, vous ne pouvez apporter que 10.000€, le ratio est très défavorable», illustre Frédéric Cameo Ponz. Sauf à disposer d'un capital personnel adéquat, il va falloir jouer des effets de levier en mobilisant toute la gamme des "outils" susceptibles d'abonder vos fonds propres, tant en capital qu'en compte-courant: love money, prêts d'honneur, concours et subventions éventuelles.

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