Discrètement, sans ostentation, l'homme tisse sa toile dans le paysage multimédia local. Tour à tour créateur de la société Cityvox (60 salariés et 5M€ de CA) - ?city guide? virtuel dont il quittera la présidence à la fin du mois -, fondateur de l'association Medmultimed et maître d'oeuvre du réseau social des managers locaux Busibook, Bertrand Bigay a repris les rênes de la chaîne de télévision locale LCM en décembre dernier, aux côtés de Patrick Siri. C'est par une froide matinée de février, et après trois cafés - «C'est mon drame», ironise-t-il - que le dirigeant revient avec enthousiasme et passion sur son parcours et évoque ses projets, dans les locaux de la chaîne, situés au coeur du pôle médias de la Belle-de-Mai, à Marseille.
Du ballon rond au web
Bertrand Bigay est né en 1968 à Fontenay aux Roses (92) et a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans à Marly-le-Roi (78). Son premier contact avec le monde de l'entreprise est plutôt naturel: son père, Jean-François Bigay, n'est autre que le créateur d'Eurocopter. Mais attention, pour le nouveau patron de LCM, la connexion s'arrête là: «Mon père a toujours travaillé dans de grands groupes, alors que ce n'est pas du tout mon univers. Quand aux médias et à la fabrication d'hélicoptères, on ne peut pas faire plus éloigné, notamment en terme de cycles de production. D'autre part, mon père et moi étant deux personnes très occupées, lorsque nous nous voyons, très honnêtement, nous parlons de tout sauf de travail...» Après avoir suivi les cours préparatoires aux lycées Sainte-Geneviève (Versailles) et Masséna (Nice), Bertrand Bigay a intégré l'Essec en 1988. Il en ressortira diplômé en 1991. «Dès l'obtention de mon baccalauréat, je savais que je souhaitais créer ma propre entreprise, explique-t-il. Être mon propre patron, organiser ma vie comme bon me semble. D'autre part, la notion de responsabilité sociale m'anime depuis longtemps. Or, créer une entreprise, c'est créer des emplois, et contribuer à développer un territoire». Après avoir fait ses armes pendant trois ans à Paris, chez Andersen Consulting (devenu Accenture), l'homme intègre, de 1994 à 1998, le Comité français d'organisation de la coupe du monde de football. «Les enjeux étaient passionnants: réfléchir à la manière de vendre les billets et au marketing à déployer. Pendant les deux dernières années, je me suis occupé des VIP. C'est d'ailleurs dans les loges que j'ai rencontré Philippe Bourguignon, alors dirigeant du Club Med. Il souhaitait développer sa société aux États-Unis, et il était donc important que ses systèmes informatiques soient performants, en particulier avec l'émergence d'internet». Bertrand Bigay se rend alors aux États-Unis. «Je m'ennuyais ferme, le soir, à l'hôtel, se souvient-il avec humour. C'est en surfant sur le web que j'ai découvert le site Citysearch, guide virtuel des sorties et des loisirs». Une révélation.
Un nouveau challenge
Séduit par l'idée, encore peu exploitée en Europe, il fondera ainsi quelques mois plus tard sa propre société, Cityvox, sur un concept similaire. À Paris tout d'abord, puis à Marseille. Dix ans plus tard, après avoir affronté des tempêtes - notamment l'éclatement de la bulle internet - et de grands succès, l'homme quitte la présidence de la PME, qu'il a revendue en mars2008 à France Telecom. Son nouveau challenge se nomme désormais LCM. Une chaîne de télévision locale qu'il entend redynamiser, «sans enjeu personnel ou d'ordre politique. Simplement au service du territoire».
Alors qu'il quitte la présidence de la société Cityvox à la fin du mois pour se consacrer entièrement à LCM, chaîne de télévision qu'il a reprise fin 2009 avec Patrick Siri, Bertrand Bigay, par ailleurs créateur du réseau social des dirigeants locaux Busibook, revient sur son parcours et ses projets.
Par Alexandre Léoty