Berard : L'impératif de diversification
# Métallurgie

Berard : L'impératif de diversification

Sévèrement exposée aux aléas de ses clients historiques, la tôlerie de Brignais (69) - propriété d'un kibboutz israélien - cherche à monter en compétence. Et explore pour cela de nouveaux marchés.

« Il faut alléger la part du poids-lourd », claque Didier Suc, depuis son bureau de Brignais qui domine les ateliers de production de la tôlerie industrielle Berard. Comme si cet ingénieur de formation avait trouvé d'un coup la recette miracle pour sortir cette PME - qu'il dirige depuis près de 20 ans - du piège de la dépendance. « Il n'est pas normal qu'un seul de nos clients, en l'occurence Volvo Trucks (branche poids lourds du constructeur) pour qui nous livrons quelque 1.000 références de pièces métalliques, pèse encore 45 % de notre chiffre d'affaires ». Idem pour Stäubli, spécialisé dans les machines textiles, qui concentre 30 % des commandes de Berard. « Nous devons mieux répartir nos revenus », juge Didier Suc. Et de vanter pour cela une stratégie de diversification pour cette tôlerie généraliste, intégrée à la holding tricolore LSI, elle-même propriété du puissant kibboutz israélien Sasa (CA : 250 millions de dollars) depuis 2007. « Nous sommes certes adossés à un groupe international mais nous restons fragiles », rappelle ce dirigeant, encore fortement marqué par l'année 2009. Une année noire durant laquelle le CA de Berard avait alors chuté à 9 millions d'euros (contre 15 millions d'euros l'année précédente). « Volvo nous avait demandé de nous préparer à une augmentation de charge de 30 %. Mais la crise est arrivée et les commandes ont été stoppées ». Résultat pour Berard : 9 personnes à licencier. Un cauchemar. Depuis, le secteur français de la tôlerie - confronté à la montée en puissance du "low cost" venu d'Asie et d'Europe de l'Est - n'a cessé de se fragiliser. « Le marché BtoB de la tôle industrielle est aujourd'hui surproducteur. Il y a plus de capacités de production que de besoins. D'où la nécessité pour nous de monter en compétence et d'explorer d'autres marchés », argumente Didier Suc.

En tandem avec Bihr Environnement

L'entreprise - qui vient d'emménager dans 4600 m² d'atelier supplémentaires - compte ainsi investir un marché cible, celui des containers dits de "récupération de déchets en apport volontaire". « Il s'agit des poubelles que l'on peut voir sur les aires d'autoroute. Ce sont généralement des cuves enterrées de cinq mètres cubes, faites d'acier et de béton », précise le Dg. Un secteur que connaît Berard pour avoir fourni en cuves identiques l'autrichien Sitec de 2009 à 2015. « Le contrat s'est arrêté du jour au lendemain. Nous avons alors décidé de nous positionner en direct sur ce marché, en tandem avec la société Bihr Environnement, spécialiste du béton et rattachée au groupe Consolis (récemment racheté par l'américain Bain Capital, Ndlr) », résume Didier Suc. Un changement de cap radical, appuie-t-il. « Nous espérons que cette nouvelle activité génère d'ici deux ans, au moins 3 millions d'euros d'activité ». Autre effet attendu : que cette diversification permette d'allonger le carnet de commandes de la PME, qui est actuellement de 4 à 6 semaines. Pour monter en expertise, Berard a renforcé son bureau d'étude interne, qui compte désormais 4 ingénieurs ETP. Lesquels planchent sur des solutions qui valorisent le métal, en particulier la fibre optique. « Nous travaillons également sur des matériaux composites pour l'aéronautique, un secteur encore très fermé », reconnait Didier Suc. La PME vise un chiffre d'affaires à 15 millions d'euros en 2018.

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