L'étendard d'Haropa flotte désormais sur Port Angot. Pour la CCI d'Elbeuf qui gère le site portuaire de Saint-Aubin-les-Elbeuf depuis 1945, c'est bien plus qu'un symbole. En devenant « partenaire » du groupement portuaire réunissant les ports de l'Axe Seine, la chambre consulaire affiche clairement ses ambitions, et notamment la première d'entre elles : mieux tirer profit de sa proximité avec Rouen et Paris.
Port Angot, proche de la saturation
« Ce partenariat est un moyen d'assurer notre positionnement auprès de grands donneurs d'ordres du bassin d'Elbeuf pour qu'ils redécouvrent Port Angot », justifie le président de la CCI Dominique Bruyant. Avec la proximité de Renault Cléon, Aérazur ou encore BASF, l'enjeu n'est pas négligeable. Au-delà, il s'agit pour l'exploitant des lieux d'assurer le développement d'un équipement qui est aujourd'hui tout proche de la saturation. Avec ses 5 ha et ses 150 m de quai, le port elbeuvien a plus que quadruplé en cinq ans son tonnage, passant de 80.000 tonnes en 2009 à 400.000 en 2013, selon les dernières estimations de la CCI. Des résultats probants, mais qui imposent de nouveaux investissements à court terme. « L'étude menée par l'Isel prévoit une limite d'exploitation dans les années qui viennent », précise Dominique Bruyant. Les 800.000 tonnes pourraient être atteintes dès 2019, ce qui, au rythme actuel de progression des trafics signifierait une saturation des équipements à l'horizon 2015. Côté trafic, Port Angot pari notamment sur les gravats en provenance des chantiers d'Ile-de-France dans les années à venir qui pourraient, au rythme de 300.000 tonnes annuelles, être utilisées pour reboucher les carrières normandes en fin d'exploitation. Autre piste pour laquelle « le fluvial apporte une réponse positive », explique Xavier Savin, vice-président de la chambre, « la filière émergente du recyclage ». Globalement, en amont du port de Rouen les projets ne manquent pas, notamment dans l'ouest parisien. Même si Haropa n'hésite plus désormais à regarder vers l'est, en nouant des partenariats avec le port de Gron en Bourgogne ou encore avec celui de Nogent-sur-Seine, spécialisé dans le trafic de champagne. Alexis Rouque, directeur général de Port de Paris et président en exercice d'Haropa justifie la démarche en expliquant, par exemple, que « Port de Paris n'est jamais que l'addition de petits ports ! »
« L'idée d'un port à Alizay est entérinée »
C'est donc dans un contexte de concurrence entre les territoires que le département de l'Eure réfléchit, quant à lui, à la création d'un port fluvial sur le site de l'ex-papeterie M-Real à Alizay. Car si l'outil industriel a bel et bien été repris par le groupe Thaïlandais Double A, reste aujourd'hui à viabiliser une portion de 50 ha toujours à ce jour propriété du Département qui l'a acquis pour 4,2 millions d'euros. L'EPFN (Établissement public foncier de Normandie) s'est penché sur la question et a rendu son rapport au comité de pilotage le26 septembre dernier. Une chose est sûre, « l'idée d'un port à Alizay est entérinée », confirme le président du département de l'Eure Jean-Louis Destans. Tout comme sa future gouvernance, « publique », avec d'une part les collectivités concernées (Région, Département, Case), le port de Rouen (GPMR) et la CCI de l'Eure. Côté gestion opérationnelle, « la répartition se fera en fonction des contributions », précise l'élu. Le site, qui s'étalera sur 13 ha, « est l'objet de nombreuses convoitises », explique Jean-Louis Destans. Tant chez les opérateurs privés qu'au GPMR. Les choses, désormais, doivent donc aller vite avec un objectif de démarrage des travaux de la première phase dès 2014. « On se remue à Bonnières-sur-Seine ; on voit qu'il y a de la manoeuvre », explique Jean-Louis Destans qui n'oublie pas de garder un oeil sur le voisin elbeuvien : « le premier qui dégainera prendra de l'avance ! » Fait important pour le site d'Alizay : il a reçu au début de l'été la visite du délégué interministériel au développement de la Vallée de la Seine, François Philizot, qui a laissé entendre qu'il pourrait être labélisé très rapidement, se réjouit Jean-Louis Destans qui fait du futur port d'Alizay « une priorité ».
Guillaume Ducable
portuaire. Avec le choix du gouvernement de faire de l'Axe Seine un hub logistique européen, les projets de développement de plateformes portuaires fluviales se multiplient. À Elbeuf, la CCI croit à l'essor de port Angot tandis qu'à Alizay, le département de l'Eure finalise son projet.