Quel retournement de situation! Il y a six mois à peine, évoquer ne serait-ce qu'un instant la fermeture définitive du site PSA de Rennes relevait tout bonnement du sacrilège. Les réactions suite à la publication, en 2007, d'un rapport du Codespar (Conseil de développement économique et social du Pays de Rennes) établissant quatre scénarios pour la filière - dont la fermeture - n'avait-elle pas souligné cette tendance aux "oeillères"? «À l'époque, on était complètement décalé. Et c'est vrai, c'est une étude qui avait interpellé», se souvient Gaëlle Chapon, directrice du Codespar. Interpellé, et même secoué un territoire habitué depuis des décennies à voir des véhicules sortir de La Janais. Mais voilà, la dégradation de la situation économique du groupe PSA est aujourd'hui telle que les langues se délient. Avec un mot qui ressort dans toutes les conversations : réindustrialisation. Après les précautions d'usage presque convenues - "il faut maintenir les emplois de La Janais et nous ferons tout pour maintenir une filière automobile en Bretagne"- les responsables politiques ne se privent ainsi plus d'évoquer un nouvel avenir pour le site de Chartres-de-Bretagne.
«On n'est pas naïf»
Après la publication du rapport Sartorius - qui n'a fait que souligner ce qu'on savait déjà - Agglomération de Rennes, Département et Région se sont ainsi fendus d'un communiqué on ne peut plus clair. Il faut «travailler dès maintenant à la réindustrialisation partielle du site de La Janais pour garantir sa vocation industrielle et plus largement poursuivre la diversification industrielle du site.» Hormis la CGT, qui ne veut pas entendre parler de plan de suppressions de postes, les syndicats eux-mêmes semblent être résignés. «On n'est pas naïf, on sait qu'il y aura un plan de réduction des effectifs. Nous, ce qu'on demande, c'est une action de l'État et de la Région pour une réindustrialisation. Et on veut de la création d'activité, pas du transfert!», indique Didier Picard, représentant syndical CFE-CGC de La Janais.
75.000m² libérés
Du côté de Rennes Métropole, le virage est également intéressant à observer. Fin septembre, était ainsi organisée une conférence dans le cadre du cycle "Regards économiques". Son thème: "Réindustrialiser, oui mais comment?". Tout un symbole. Le Codespar, encore lui, s'apprête par ailleurs à lancer une nouvelle étude. Pas question toutefois de s'atteler cette fois-ci à la stricte filière automobile. Trop bouillant. «Autant on était libre il y a cinq ans, autant on est là dans un climat complètement différent», confirme Gaëlle Chapon. La directrice annonce ainsi que le Conseil de développement économique va «travailler sur les systèmes productifs, les filières industrielles. On va essayer de voir où sont les filières de développement, et essayer de dégager des pistes de rebond, en ne s'intéressant pas uniquement à PSA, même si on abordera forcément le dossier.» Le Codespar espère arriver à des conclusions - et des pistes- au printemps ou à l'été 2013. Reste qu'établir des pistes de réflexion pour l'avenir industriel du bassin d'emploi rennais ne résoudra pas les problèmes rencontrés aujourd'hui par La Janais. Plan après plan, réductions d'effectifs après réductions d'effectifs, l'usine de PSA laisse des espaces de plus en plus vacants. Après la mise en place de son programme visant à passer à deux lignes de montage, 75.000m² ont ainsi été libérés. «C'est 40% de la surface», fait remarquer Didier Picard. Et si aucune action n'est entreprise, la capitale bretonne pourrait vite se retrouver avec une friche industrielle qui pourrait se transformer en véritable boulet.
Nouveaux "locataires"
Le groupe PSA n'a d'ailleurs pas attendu les commentaires des uns et des autres pour accueillir des "locataires". Depuis 2009, Credipar, la direction régionale Citroën et une partie de la formation Groupe sont ainsi hébergés à Rennes. Des fournisseurs hors PSA comme Gefco (15 personnes), Faurecia (25 personnes), ou Segula (ingénierie) sont également arrivés. Et puis Inergy (systèmes d'énergie pour l'automobile) s'est implantée en août avec 20 personnes. Des acteurs de l'automobile avant d'autres secteurs demain? Une tendance qui tient en un mot: diversification. Il va falloir s'y habituer, on ne fabriquera peut-être plus seulement des automobiles à La Janais. Denis Martin, directeur industriel du groupe PSA, a même commencé à parler d'agroalimentaire, qui permettrait de reclasser 400 salariés...
Imaginer Rennes sans usine automobile? Impensable disait-on jusqu'alors. La situation économique du groupe PSA Peugeot Citroën a changé la donne. Et aujourd'hui, les langues se délient.