Le «made in France» bat actuellement la campagne. Mais l'État français doit-il encourager l'achat d'une Toyota fabriquée en France, en l'occurrence une Yaris «made in Onnaing», plutôt que celui d'une Logan-Dacia fabriquée par Renault en Roumanie ou à Tanger? À cette question «sensée», deux professeurs de l'Edhec, qui ont travaillé pour l'industrie automobile, tentent de répondre. Pour Philippe Véry (notre photo) et Emmanuel Métais, «à première vue, la Toyota contribue à l'emploi en France, alors que la Dacia procure du travail aux Roumains. Donc si l'État français veut favoriser l'emploi en France, on conclura qu'il doit promouvoir, paradoxalement, l'achat du véhicule de marque japonaise. Mais est-ce si évident?», s'interrogent-ils. D'abord, il faut comprendre que le coût salarial d'un véhicule lowcost comme la Logan est de 30%, alors qu'il est en moyenne de 15 à 18% pour un véhicule classique, dont le haut de gamme, qui intègre d'autres coûts de développement, de design... D'où la délocalisation. En fait, les deux achats sont «bons pour l'industrie française», selon Philippe Véry pour qui le débat doit prendre de la hauteur: «Le raisonnement dépasse l'échelle d'un pays et il est beaucoup plus européen que français... La taille d'un pays ne suffit pas pour absorber une usine et, pour la Dacia, il y a beaucoup d'emplois qualifiés et induits qui restent en France: la fabrication des composants comme les moteurs, le design et la R & D, tout le réseau de distribution... Il n'y a pas que l'assemblage qui compte! La Yaris de Toyota est assemblée en France mais de nombreuses pièces viennent d'ailleurs, de Pologne notamment», souligne Philippe Véry qui s'interroge encore: «Acheter made in France, cela veut-il dire acheter la production d'une entreprise française ou sa production en France? Il faut convaincre d'acheter les deux. Seule une action de type acheter européen semble avoir du sens et serait bénéfique», répond l'expert qui compare cette démarche de consommation au bio, rarement achat exclusif. Chiffres à l'appui, il complète: «Dans le cas de Renault, la France ne représente désormais plus que 45% de ses ventes en Europe et 28% de ses ventes dans le monde.» Précision: Emmanuel Métais roule en Renault Espace (fabriqué en France) et Philippe Véry en moto Yamaha, mais il a aussi une Dacia.
G.B.
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