De toutes les valeurs qui se perpétuent à l'«X» depuis plus de 200ans, il en est une qu'incontestablement, Aurélie Picart a faite sienne : l'engagement. Assumant une certaine forme de patriotisme- «Pour moi, le pays, ça a du sens»-, elle a trouvé, dans le développement industriel, son parfait terrain d'action. « Lorsqu'on a le sentiment d'être vraiment à sa place- et je suis convaincue que chacun en a une-, on peut accomplir beaucoup de choses.» Encore faut-il identifier sa voie, ce qui ne va pas toujours de soi pour une touche-à-tout comme elle ! Polytechnique ? Elle ne se voyait pas forcément y entrer après sa prépa scientifique mais son attirance pour les sciences et la perspective de débuter sa formation par une expérience de terrain ont fini de la convaincre. Optant pour le service civil plutôt que militaire, elle rejoint la police d'Evry pendant huit mois puis intègre le fameux campus de Palaiseau. En quatrième année se pose la question de la spécialisation. Son classement lui permet d'accéder à l'un des grands corps de l'État; ce sera finalement celui des ingénieurs des Mines : « Travailler pour l'État, participer à la conception et la mise en oeuvre des politiques publiques signifiait pour moi la possibilité de faire bouger les choses. »
Une diversité de missions séduisante
Son «déclic», l'ingénieur-élève Aurélie Picart l'aura un peu plus tard, en découvrant le fonctionnement d'une Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire). « Ma formation m'avait déjà convaincue qu'une économie performante est à la base de tout et là, je voyais des équipes motivées et une façon de travailler dans lesquelles je me reconnaissais. » Ce qui la séduit aussi, c'est la diversité des missions que recouvre le champ du développement industriel. Et la nécessité, pour avancer, de « décloisonner les mondes »: celui de l'entreprise, dont elle a fait l'expérience chez Guerbet (Aulnay-sous-Bois) en participant, en 2005, à la construction d'une usine pharmaceutique; celui de la recherche, qui ne lui est pas non plus étranger (en 2006, elle a effectué un Master recherche en biologie moléculaire à Cambridge); celui de la formation, qu'elle s'emploie aujourd'hui à mieux connaître à travers ses nouvelles missions (cf. interview). « Ce que j'aime aussi dans la Drire, c'est le décalage entre l'image traditionnelle de l'État que certains peuvent avoir et la réalité qui est celle de fonctionnaires sur le terrain, cherchant à comprendre les problématiques des entreprises pour leur apporter une solution adaptée.» Est-il besoin d'une démonstration supplémentaire pour comprendre que la jeune femme veut travailler au service des entreprises et que c'est au sein d'une Drire qu'elle va s'y employer?
Une capacité d'écoute appréciée des industriels
En 2008, c'est chose faite : elle est nommée chef de la division « développement industriel et technologie » de la Drire Midi-Pyrénées et chargée de mission « compétitivité économique, développement industriel » auprès du Préfet de Région. Deux années durant, elle va chercher à «d'abord entendre les chefs d'entreprise qui sont les mieux placés pour savoir ce dont ils ont besoin, avant de leur proposer de les aider.» Une méthode grâce à laquelle elle a su gagner la confiance des industriels de la région. « Elle sait faire le tour de la situation avant de décider de l'action à mener. Cette capacité d'écoute et d'initiative est particulièrement appréciée des entreprises », corrobore le président du directoire du groupe Actia, Christian Desmoulins, qui la dit aussi « pétillante d'intelligence ». En interne, ses collaborateurs décrivent une jeune femme qu'il faut suivre : «Ça va vite dans sa tête comme dans ses actions!» «Je suis parfois un peu ?speed?», admet l'intéressée... Mais on salue aussi «un management très humain. Elle n'est pas arrivée en disant ?Je connais tout? mais ?J'ai besoin de vous tous?», analyse Gérard Soula, en charge de la cellule aéronautique et spatiale de la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) Midi-Pyrénées. Au sein de cette nouvelle structure régionale, Aurélie Picart a été nommée cet été responsable du Pôle Entreprises, Emploi et Economie (dit 3E). Ella va ainsi pouvoir s'épanouir sur un terrain encore plus vaste. «La petite jeune « X »-Mines a fait du chemin», sourit Gérard Soula.
Si, sur le plan personnel, elle est devenue cet été Madame Picart, Aurélie Bray a, dans le même temps, pris les commandes du Pôle Entreprises, Emploi et Économie (3E) de la nouvelle Direccte Midi-Pyrénées.
Aline Gandy