Attractivité : Grenoble perd-elle du terrain au profit de Chambéry ?
# Politique économique

Attractivité : Grenoble perd-elle du terrain au profit de Chambéry ?

Politique. L'arrivée d'Eiffage à Chambéry, avant celle, probable, de deux autres grands groupes révèle-t-elle à quel point la Ville d'Éric Piolle (EELV) fait peur aux milieux économiques ?

« Les Grenoblois ont porté à leur tête des élus qui considèrent que le développement n'est pas une priorité et il y a un certain nombre d'entreprises qui portent désormais leur regard sur notre territoire ». Ces quelques mots prononcés par Michel Dantin, maire Les Républicains de Chambéry, ont transpercé les montagnes savoyardes. Mais sont peut-être révélateurs? Ainsi le groupe Eiffage, qui va construire son siège Alpes Dauphiné sur la zone d'activité du Grand Verger, créant 200 emplois. Trois autres groupes sont attendus. L'un est spécialisé dans l'ingénierie du bâtiment, un autre dans les composants automobiles. Les négociations sont toujours en cours, et l'annonce sera faite officiellement dans les prochains mois pour l'un d'entre eux, selon le maire savoyard. Le maire de Chambéry appuie où ça fait mal, alors qu'à Grenoble, le climat est tendu entre les acteurs économiques et la majorité politiques. Le 9 octobre, le même jour que les déclarations de Michel Dantin, les représentants de la CCI et des commerçants grenoblois claquent en effet la porte des « Assises du commerce », une dynamique impulsée par la municipalité. Ils ne se retrouvaient pas, notamment dans les mesures en matière de transport. Assiste-t-on à une fronde des acteurs économiques, qui profite au voisin savoyard ?




Stop au Grenoble bashing

Pour Christophe Ferrari, président de Grenoble Alpes Métropole, les élus de droite agitent un « épouvantail, qui n'est que dans leur tête ». « Ce trimestre, six sociétés ont mobilisé 56 millions d'euros pour se développer sur notre territoire : Aledia, Crocus Technology, Exagan, Apix Analytics, Squadrone System, Multix ». Quant aux entreprises en place, il assure qu'elles ne comptent pas partir, citant « Schneider Electric qui investit 120 millions d'euros pour regrouper ses équipes sur la Presqu'île, le Crédit Agricole qui installe son siège social en investissant plus de 40 millions d'euros, sans oublier Photoweb ou Xenocs ».. « Le Grenoble bashing, ça suffit ! », renchérit Fabrice Hugelé, vice-président PS de la Métropole Grenobloise, pour qui les mots de Michel Dantin « sont maladroits car ils fragilisent la dynamique économique commune du sillon alpin ». Ajoutant que « Grenoble reste, qu'on le veuille ou non, la capitale des Alpes ». Le maire de Chambéry se défend de déclarer une guerre à son voisin. « Je constate que des entreprises viennent elles-mêmes nous chercher, c'est tout de même nouveau. Elles nous disent « On ne veut pas de nous » car Grenoble leur refuse des permis de construire intra-muros ». Ajoutant, comme un pied de nez à la majorité grenobloise, boudée par ses commerçants que, « le prix des baux commerciaux est en hausse de 3 % à Chambéry, ce qui n'était pas arrivé depuis plusieurs années ». Xavier Dullin le Président de Chambéry Métropole se montre moins offensif : « Le but n'est pas de déshabiller Pierre pour habiller Paul ». Compétent en matière d'industrie, il confirme que le siège Alpes Dauphiné des branches Eiffage construction et Eiffage énergie sera bien installé dans la zone d'activité du Grand Verger. Un bâtiment de 5.000 m² dont la première pierre sera posée avant la fin de l'année. La ZA est à l'image du dynamisme savoyard. « Nous avons donc rempli trois nouveaux bâtiments, un 4ème est en projet ».




La décroissance au programme

Rassemblées sous leur nouvelle identité commune de Chambéry Grand Lac, les huit collectivités du bassin de Chambéry présenteront leur offre foncière (140 ha) au Salon de l'immobilier d'entreprise à Paris. « La décroissance est une part du programme à Grenoble mais que l'on me montre que ce modèle marche ailleurs ! s'agace Philippe Gueydon, le président du Medef Isère. Nos relations avec la municipalité sont cordiales, mais je constate que le trait d'union entre économie et écologie n'a pas été trouvé ». Il dénonce un « risque d'asphyxie » du bassin Grenoblois, citant le projet d'A51 jusqu'à Gap, au point mort, et l'heure et demie encore nécessaire pour rallier Lyon en train. « Grenoble a toujours été avant-gardiste, il faut continuer. Ce n'est pas en gelant tout que l'on va régler le problème ». D'après lui, sur les dix plus grands groupes présents à Grenoble, « tous sont en questionnement sur leur avenir dans le bassin grenoblois. J'entends des entreprises internationales présentes de manière historique sur Grenoble, qui ont des choix à faire, qui hésitent. Certaines n'ont pas la capacité de bouger, mais celles qui n'ont que "x" pour cent de leur dispositif à Grenoble pourront faire le choix d'investir ailleurs ». Son homologue savoyard, Bruno Gastinne, dit ne disposer d'aucune information précise concernant les groupes qui détournent leur regard de Grenoble au profit de Chambéry, « même si une telle tendance ne me surprend pas »



. Cyril Fourneris

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