« Le groupe doit grandir pour survivre ». En quelques mots, l'emblématique patron d'Aston Medical (CA 2015 : 11,1 millions d'euros ; 72 salariés), Michel Colombier, résume la stratégie de son entreprise. Dans son style reconnaissable entre mille, direct mais interrompu de maintes diversions, il explique : « Nous concevons et fabriquons des prothèses de hanche, de genou et d'épaule. Les prix, imposés par la Sécurité Sociale, ont baissé de façon très importante ces dernières années (de 12 % pour les hanches, 8 % pour les autres implants). Dans le même temps, les contraintes réglementaires ne cessent de se renforcer. Depuis l'affaire des implants mammaires contaminés PIP, les exigences sont aussi contraignantes que celles du marché des médicaments. Ces mesures entraînent des surcoûts disproportionnés pour les PME. Incroyable, c'est comme les impôts ! Bref..., je ne vais pas pleurer sur notre sort mais notre taille n'est plus suffisante pour absorber ces deux tendances. Il y a risque de paralysie de l'innovation ». Même si Aston a réussi à sortir, l'année dernière, un résultat net à 53 200 euros (résultat d'exploitation : 149.000?), un chiffre positif pour la première fois depuis 2011 grâce à une coupe massive dans les frais généraux, l'entreprise stéphanoise doit donc grossir.
Croissance externe
Premier pas dans cette stratégie de croissance : la reprise il y a quelques semaines de l'entreprise Science et Médecine (SEM), implantée à Malakoff et Créteil (CA 2015 : 8,8 millions d'euros ; 71 salariés). Une opération réalisée à la barre du Tribunal de commerce dans le cadre d'un plan de continuation. SEM, spécialisée dans la fabrication de prothèses de hanches (cimentées, en opposition à la technologie non cimentée utilisée par Aston), a vu son chiffre d'affaires chuter de 10,7 millions d'euros (RN : 324.000?) à 8,8 millions d'euros l'année dernière en raison essentiellement de la baisse des tarifs réglementés des produits remboursés par la Sécurité Sociale. Une diminution qu'elle n'a su compenser par l'arrivée de nouveaux clients, jusqu'à enregistrer un passif de 2,4 M?. En apportant 800.000?, sous forme d'augmentation de capital, pour renforcer les fonds propres de SEM et en s'engageant à rembourser le passif, sur 10 ans, Aston entend profiter de synergies considérables. En matière de ressources liées à la qualité et aux certifications donc mais aussi en termes de R & D et d'export.
Filiale en Italie, renforcement aux USA
Les deux PME, groupées au sein de la holding Acropole (constitution juridique en cours), seront en effet mieux armées pour assumer les frais inhérents à l'international. « Aston a déjà trois filiales à l'étranger : en Angleterre, en Suisse et aux États-Unis. Nous allons créer une filiale en Italie d'ici à la fin de l'année », annonce Michel Colombier. Avec un ticket d'entrée à 300 000 euros et quatre salariés, il s'agira de la plus grosse filiale d'Aston. Au moins 700 000 euros de chiffre d'affaires sont visés dès la première année. « C'est le chiffre que faisait notre ancien distributeur sur place». En parallèle de l'Europe, Aston garde les yeux rivés sur les États-Unis, un marché au potentiel gigantesque mais très difficile d'accès. « Pour l'instant, nous y réalisons seulement 100 000 euros de chiffre d'affaires. Les Américains sont en demande de nouveaux matériaux. Nous travaillons à l'homologation de nouveaux produits pour répondre à ces attentes spécifiques. Ces homologations sont très onéreuses mais elles nous permettront de réaliser très vite au moins 1 millions d'euros de chiffre d'affaires supplémentaire ». Cette opération de croissance externe a pu être réalisée grâce à une augmentation de capital d'Aston (1,5 M€) portée par les principaux actionnaires (Turenne Capital, Sofimac et Sigma) et abondée par un MBO (Management Buy out) de Philippe Nouvian et Bertrand Perrin (lire ci-dessous). Aston a racheté SEM mais les actions seront remontées au sein d'Acropole dès sa constitution. Avec le rachat de SEM, le groupe pèse déjà 20 M€. Michel Colombier vise, à cinq ans, un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros. Un niveau qui pourra être atteint grâce à une nouvelle croissance externe, « sur une activité similaire mais complémentaire », dont la cible est d'ores et déjà identifiée. Cette opération pourrait s'effectuer dans les douze mois.