S'offrir un Manet, un Picasso ou une statuette précolombienne adjugée plusieurs millions d'euros est réservé à une toute petite élite au niveau planétaire. Mais au-delà de ce marché des oeuvres muséales, le monde regorge d'opportunités. Sous réserve de curiosité. «La notion de marché de l'art est assez contemporaine. C'est en fait un univers qui est tout sauf homogène, sur lequel il ne peut y avoir de vision globale.» Maître Christophe Lucien, commissaire-priseur, membre du conseil d'administration de Drouot Holding, parle avec passion d'un «océan sans frontières, énorme, gigantesque.» Du bouton de culotte du XVIesiècle au mobilier de designers contemporains en passant par la numismatique, les jouets ou les automates, l'éventail est illimité.
«Se former l'oeil, lire beaucoup»
«Sauf à charger un professionnel de faire les investissements à votre place - ce qui est dommage - la première règle, lorsqu'on veut se lancer, c'est d'avoir une idée précise de ce que l'on souhaite, explique Me Lucien. Il faut se former l'oeil, lire beaucoup, fréquenter les musées, les expositions, les salons, les ventes publiques. Il faut savoir pousser la porte des ateliers d'artistes ou d'artisans. Il faut être curieux. C'est à cette condition impérative que l'on saura dénicher l'objet vraiment rare, l'opportunité. Picasso disait: "l'art, c'est comme le chinois: cela s'apprend".» Pour ses premiers pas, l'amateur pourra se faire accompagner, conseiller. François Pinault a su s'entourer des avis éclairés de Jean-Jacques Aillagon pour constituer ses collections. Sans atteindre ces sommets, seul ou accompagné, la curiosité et la passion sont les moteurs d'un véritable collectionneur. En veillant à ne pas surpayer ses acquisitions. Et sans trop se bercer d'illusions. «La réalité est mouvante, fluctuante. Les modes vont très vite. C'était déjà le cas au temps de Cléopâtre. Cela l'est encore plus aujourd'hui, avec les nouveaux moyens de communication», prévient Me Lucien. Et de citer des peintres très «tendance» sous Napoléon III tombés aujourd'hui dans le néant. Ou ces intérieurs croulant sous du mobilier dont les légataires s'aperçoivent que leur valeur est à peine celle du bois dont ils ont été faits. Son conseil: «ne jamais s'intéresser aux choses moyennes, renoncer à une politique d'accumulation. Quel que soit le domaine, privilégier la pièce exceptionnelle, la véritable rareté. Celle-là seule aura toujours de la valeur.»
Livre: une valeur sûre
Le livre apparaît toutefois au fil des périodes comme une valeur sûre. L'horlogerie masculine présente aujourd'hui un fort attrait. Un dessin de David est - relativement - accessible quand ses toiles ne le sont plus de longue date. L'or et le diamant sont très recherchés, flambée des cours oblige. Me Lucien est consterné par la tendance des "bobos" à ne plus fréquenter que les mêmes enseignes d'ameublement offrant des produits standardisés. «Pendant longtemps, la bourgeoisie a donné l'exemple en essayant de toucher aux choses vraies, en créant une atmosphère dans la population. C'est elle qui encourageait artistes et artisans en achetant leurs oeuvres. Que restera-t-il de notre génération dans 50 ou 100 ans? Investir dans l'art contemporain, c'est aider ce fameux marché à être créatif. Tout en retirant une
vraie satisfaction personnelle.»
La première règle, lorsqu'on veut se lancer, c'est d'avoir une idée précise de ce que l'on souhaite, explique Maître Christophe Lucien, commissaire-priseur, membre du conseil d'administration de Drouot Holding.