Architecte et chef d'entreprise «Former une équipe»
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Architecte et chef d'entreprise «Former une équipe»

Le spécialiste Jean-Étienne Grislain évoque les liens entre lieux de travail et architecture.

C'est de la Vénitie, au XVIesiècle, que l'historien Jean-Étienne Grislain date les premières rencontres entre architecture et locaux professionnels avec les villas de Palladio. «Au rez-de-chaussée, ces villas accueillaient des commerces, des entrepôts.» L'actuelle Poste centrale de la Cité des Doges, le Fondaco dei Tedeschi, était un entrepôt transformé par la suite en comptoir commercial. En France, juste avant la Révolution, des architectes dressent des plans de fermes modèles. Quand Napoléon crée l'école Polytechnique, les futurs ingénieurs reçoivent une formation à l'architecture pour des bâtiments simples reposant sur des savoir-faire conventionnels. L'Histoire a retenu le nom d'un de leurs professeurs, Durand, dont le style se retrouve dans la Halle au sucre de Lille. La révolution industrielle va marquer un tournant dans l'architecture avec l'apparition des méthodes de fonte, l'emploi massif de l'acier, du fer, pour des bâtiments à la fois plus sûrs et plus économiques. «C'est surtout un état d'esprit. C'est le moment où l'architecture sort du schéma strict de l'Art», souligne Jean-Étienne Grislain.




Brasseurs du Nord Lu à Nantes...

Avec l'apparition d'une donnée toujours d'actualité: la fonction "marketing" du lieu de production. «Dans le Nord, ce sont les brasseurs qui s'engouffrent dans cette voie car leurs bâtiments ont aussi une fonction commerciale: le bâtiment apparaît sur les étiquettes. C'est aussi LU, à Nantes. C'est quelque chose d'immédiatement perceptible par le grand public.»




Fin du XXesiècle: l'entreprise sort de la ville

Deux guerres mondiales plus loin et les impératifs de reconstruction faisant loi, la banalisation est en route. «C'est l'invention de la boîte anonyme, le bétonnage des Trente Glorieuses», constate Jean-Étienne Grislain. C'est aussi, en France et en Europe, l'apparition de la tour, comme à la Défense. «Sauf qu'une tour n'est pas un gratte-ciel des États-Unis. Quand vous sortez de l'Empire State Building, vous êtes dans la rue, avec ses commerces.» C'est aussi l'époque où l'entreprise sort de la ville, avec des considérations esthétiques en perdition. Le cabinet intégré au groupe de construction et le bureau d'études sont rois. Depuis le début des années 80, la tendance semble s'inverser. Question de génération. «Les responsables représentent un nouveau type de consommateurs. Les grands patrons, les grandes sociétés veulent une vedette de l'architecture. C'est l'univers du luxe moderne. L'introduction de la notion de qualité environnementale est aussi un élément moteur.» Des vignobles n'hésitent plus à faire appel à des architectes pour requalifier les chais, les entrepôts.




Archis trop académiques?

Reste une différence d'approche entre des entreprises de plus en plus "financiarisées" adeptes du clé en mains et des architectes, qui, selon Jean-Étienne Grislain, «cultivent une idéologie de la profession trop académique. En Italie, ingénieurs et architectes suivent un tronc commun et se spécialisent ensuite. En France, les architectes ont trop souvent abandonné le service fonctionnel.» Le recours à un architecte, affirme-t-il, n'entraîne pas systématiquement des surcoûts. «Il faut qu'une équipe se forme, qu'une vraie complicité s'instaure entre le chef d'entreprise et l'architecte. Ce qui est plus facile à obtenir avec le patron d'une PME qu'avec le conseil d'administration d'un

groupe.»

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