Apprentissage : « Arme d'insertion massive »
# Conjoncture

Apprentissage : « Arme d'insertion massive »

Face au paradoxe de la baisse du nombre d'apprentis sur la Région et les projections sur le nombre de postes à pourvoir, les CCI tirent la sonnette d'alarme avec un « Manifeste pour le développement de l'apprentissage ». Entretien avec Éric Groud, président de la CCI du Maine-et-Loire.

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es effectifs de l'apprentissage baissent depuis plusieurs années en France. Quelle est la situation dans les Pays de la Loire ?

Nous tirons la sonnette d'alarme. Nous dénombrons 26.685 apprentis en Pays de la Loire en 2014, soit une baisse de 13 % depuis 2007. C'est près de 4.000 apprentis en moins. Et cette baisse d'effectif est particulièrement concentrée sur les faibles niveaux de qualification (-37 % pour les CAP depuis 2007). A contrario, le nombre d'apprentis de niveaux Licence et Master a fait un bond de 151 % depuis 2007. Tout comme le manque d'activité, le fait de ne pas former peut aussi mettre en péril l'entreprise. Avec les départs en retraite, près de 440.000 emplois seront à pourvoir, d'ici à 2020, sur la région. Ce n'est donc pas le moment de moins former. Il y a déjà aujourd'hui un problème de transmission des savoir-faire avec des secteurs particulièrement touchés comme le bâtiment, l'artisanat en général, l'industrie ou encore l'agriculture. Et en même temps, le taux de chômage des jeunes augmente de manière inquiétante. Les Pays de la Loire ne sont pas épargnés.






Les jeunes qui choisissent l'apprentissage s'insèrent-ils rapidement ?

Les formations en apprentissage vont du CAP au Master. Le taux de réussite aux examens est de 80 % avec un taux d'insertion au bout de six mois compris entre 80 et 90 % en fonction des niveaux. C'est un formidable ascenseur social et une voie royale pour s'insérer. C'est même une arme d'insertion massive ! Nous sommes persuadés que le savoir se transmet mieux par l'exemple que par le discours. Or, un peu moins de 25 % des jeunes sont formés en alternance en France. Notre objectif est évidemment de former davantage de jeunes afin de leur permettre d'avoir des compétences pour s'insérer. On le sait, aujourd'hui l'entreprise ne fait plus d'emploi " social ". C'est dès la classe de 6e qu'il faut réfléchir à un projet professionnel. Il faut sortir de l'idée que ce sont les " moins bons " élèves qui vont vers l'apprentissage.




Quels sont les freins pour les entreprises ?

Il y a une baisse d'activité économique qui touche toutes les filières et cela impacte plus sensiblement la formation professionnelle. La réforme du bac pro, qui se passe désormais en trois ans, est également un frein. C'est long trois ans, tant pour l'entreprise que pour le jeune. Avant, les contrats d'apprentissage étaient de deux ans. Nous avons perdu des apprentis avec la disparition du BEP, tous les jeunes n'ont pas envie d'aller jusqu'au bac pro. Et puis, cette réforme a été faite sans consulter le monde entrepreneurial. Le temps de présence en entreprise fait aussi hésiter les dirigeants. Un jeune en CAP passe une semaine par mois au CFA, pour un bac pro ou un BTS, c'est la moitié du temps. On ne crée pas non plus suffisamment de nouvelles formations capables de répondre aux besoins des professionnels. Les restrictions horaires ou d'utilisation de certaines machines liées au jeune âge de certains apprentis sont encore un autre frein. Enfin, il y a un manque de visibilité des entreprises sur les dispositifs d'apprentissage. Ils changent tout le temps, les aides sont modifiées sans arrêt. En septembre 2015, on a vu apparaître un nouveau statut régional, celui de scolaire apprenti. Pour les entreprises, il est difficile d'anticiper ces changements de statuts, de réglementations... Et pour nous, organismes formateurs, c'est un frein à la mise en place d'un plan d'actions sur plusieurs années...






Pour vous, quelles sont les solutions ?

Nous avons rédigé ce Manifeste à destination d'abord des candidats à l'élection régionale, puisque la formation est l'une des compétences du conseil régional. C'est un travail en deux parties : d'abord de grandes orientations stratégiques puis des pistes d'actions. Nous avons développé 18 propositions. En premier lieu, il est indispensable de replacer les entreprises au coeur du dispositif de l'apprentissage pour qu'elles s'impliquent davantage. Au niveau régional, seulement une entreprise sur dix recrute des apprentis. Il faudrait que les professionnels soient davantage consultés sur les compétences dont ils ont besoin. Réorganiser les modalités de l'alternance et l'équilibre entre enseignements généraux et professionnels nous semble aussi prioritaire. Il faut également que les branches professionnelles soient plus présentes. Elles doivent s'emparer de la question de l'apprentissage et être les ambassadeurs de leurs métiers. Les choses doivent aussi être simplifiées, sur les contrats et la rémunération. Cette dernière dépend de l'âge et non du niveau de diplôme, ce qui en termes d'employabilité pénalise les individus relativement âgés qui n'ont pas d'expérience. Favoriser la mobilité des apprentis à l'international nous paraît un axe important. »



Propos recueillis par Bénédicte Hascoët

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