Après quelque trois siècles d'existence, le tribunal de commerce de Rennes accueille cette année sa première femme à sa présidence, pour quatre ans. Aliette Benoist a conscience du poids de ses responsabilités. Elle endosse la robe noire avec conviction depuis dix ans comme juge, puis présidente de chambre... Elle en connaît les rouages et, femme de consensus, a su fédérer. Son installation était un souhait collectif. Question de compétences. « Je ne me serais pas présentée si on ne m'y avait pas encouragée, confie celle qui succède à Michel Pécoul, élu dix ans. Le président, c'est la voix du tribunal. Il lui faut une légitimité assez large. »
Ouverture et prévention
Avec la douceur et la délicatesse qui la caractérisent, cette ancienne dirigeante veut aider les entreprises. Elle-même a créé, avec son mari Jean-Luc Poulain, l'agence de com' Poulain & Benoist en 1984 (cédée en 2007 et devenue Phares & Balises), puis le centre d'affaires Nouvelles Structures (devenu Buro Club en 2000 à Chantepie). En ces temps chahutés, la présidente joue l'ouverture et la prévention. Aux dirigeants et à leurs partenaires (comptables, commissaires aux comptes...) qui sentent poindre les difficultés, elle lance : « Venez nous voir dès les premiers soucis, pour passer le guet ! On ne va pas tout régler, mais trouver un début de solution avant qu'il ne soit trop tard. Les mesures à prendre doivent l'être rapidement et une personne extérieure va certainement mieux négocier », constate-t-elle, « sensible à l'accueil des dirigeants qui viennent déposer leur bilan ». L'an passé, 579 procédures collectives ont été ouvertes (531 en 2012). Aliette Benoist est désireuse également de combattre les suspicions sur les tribunaux de commerce. Pas de tension à Rennes, mais elle veut créer une commission de déontologie et renforcer la formation des juges. « Nous allons mutualiser nos forces avec Saint-Malo, Nantes... » Contre « l'échevinage » de la réforme qui prévoit un juge professionnel aux côtés des 26 juges rennais bénévoles, elle est aussi opposée à la spécialisation automatique en terme de procédures collectives. Elle brandit la grève si le projet de loi aboutit. À 65 ans, la présidente sait montrer les crocs.
Géry Bertrande