Vous et d'autres chefs d'entreprise bretons souhaitez dénoncer les conditions du transport de personnes en Bretagne. Pourquoi ?
« Je suis énormément sollicité par des chefs d'entreprise bretons et des syndicalistes pour apporter ma voix et la voix des centres Leclerc à un certain nombre de combats régionaux identitaires. Aujourd'hui, nous voulons interpeller les pouvoirs publics et les grandes sociétés de transport pour leur dire que " Investir au pays " - c'était un slogan - suppose que cela ne coûte pas plus cher. La Bretagne a une volonté réelle de se désenclaver. Mais aujourd'hui, nous avons les coûts de transport les plus élevés de France. »
Vous visez particulièrement Air France ?
« C'est évidemment Air France mais c'est aussi la SNCF. Pour nous il y a une vraie discrimination. Je comprends que les chefs d'entreprise en fassent un sujet de revendication.Mon idée est de mener campagne avec eux pour que l'on revisite le coût du transport dans les zones enclavées. Les Corses ont obtenu au nom de la continuité territoriale des avantages fiscaux non négligeables. Au nom de la continuité territoriale, nous voulons que les pouvoirs publics se penchent sur le coût du transport en Bretagne. Et notamment celui des personnes. C'est incroyable que le Brest-Paris de nos cadres coûte plus cher que le Paris-New-York de mes enfants ! »
Vous souhaitez également remettre l'écotaxe sur la table des débats...
« Nous ne sommes pas opposés à ce qu'il y ait une fiscalité sélective écologique mais il y a des effets pervers que nos élites parisiennes n'ont absolument pas anticipés. Ces portiques pour calculer l'écotaxe sont pour nous des provocations. »
Mais les chefs d'entreprise bretons ont déjà obtenu une victoire avec une fiscalité allégée par rapport à d'autres régions...
Nous voulons la suppression de cette taxe.
C'est une nouvelle revendication ?
Oui. Les conditions de diminution de cette taxe, c'est de l'aumône à Lazare. Et on n'est pas Lazare. Nous sommes des chefs d'entreprise conquérants et on ne veut pas de ce boulet. D'une manière générale, c'est une grosse obsession idéologique de nos technocrates parisiens que de ne concevoir la nécessité écologique que sous forme de contraintes. Ce n'est pas une bonne approche. »
Donc vous partagez le " ras-le-bol " fiscal ?
« Je ne dis pas " Ras-le-bol des taxes ", je dis " Baissons les taxes " pour ceux qui font des efforts. Toutes les entreprises, tous les particuliers qui font des efforts pour aller vers un monde meilleur ne doivent pas être pénalisées par des surplus d'impôts. Je le dis volontairement de manière naïve pour que ce soit compréhensible. Tout effort mérite non pas une pénalisation mais un accompagnement. »
En marge de l'interview publiée en dernière page, Michel-Edouard Leclerc fustige les tarifs prohibitifs d'Air France et milite pour une suppression totale de l'écotaxe.