Aéroports de la Côte d'Azur : Crash du trafic

Aéroports de la Côte d'Azur : Crash du trafic

Privatisés il y a un an, les Aéroports de la Côte d'Azur prévoient pour 2009 une baisse du trafic de 6% par rapport à 2008. Un effet de la crise qui impose économies et réajustements, mais le développement continue. Lucie Lautrédou

Après plus de 50 ans de gestion par la CCI Nice-Côte d'Azur, les Aéroports de la Côte d'Azur prennent leur envol sous forme de société anonyme en juin2008. Mais déjà les chiffres battent de l'aile. Pas de croissance du trafic de 2007 à 2008, avec un peu plus de 10millions de passagers sur un an. Début 2009, la SA traverse de violentes turbulences. En février, le trafic chute de 14% par rapport au même mois de l'année précédente. Et les prévisions pour l'année en cours sont en berne: le trafic chuterait de 6%, avec 9,8millions de passagers. «Nous revenons trois ans en arrière en terme de trafic», regrette Didier Monges, membre du Directoire de la SA et directeur de l'exploitation. Cependant, «nous sommes dans la moyenne des aéroports européens et de Paris», tempère-t-il. Nice est en effet maintenue par les chiffres de l'international, qui représente 60% du trafic cette année, contre 58% en 2008.




L'aviation d'affaires chute

À l'origine de cette baisse, le malaise du monde économique, qui se lit dans les chiffres de l'aéroport. Premier signe: septembre-octobre, la période des congrès. Le trafic est en baisse de 4,7% en septembre, de 3,8% en octobre. «Ce segment souffre, et nous reflétons ici l'activité économique de la région», constate Didier Monges. Seconde illustration: de janvier au 31octobre, par rapport à la même période en 2008, l'aviation d'affaires et privée a chuté de 20%, le trafic d'hélicoptères de 23%. Ce secteur était jusqu'alors boosté par la fréquence des liaisons Nice-Monaco. Conséquence, les résultats financiers en pâtissent. Si le chiffre d'affaires et le résultat net 2009 ne sont pas encore publiés, leur baisse par rapport à 2008 n'est pas un secret.




Report des investissements

La direction a donc lancé un plan d'économies. Premier poste touché: la masse salariale. Pour la période d'avril à septembre2009, l'aéroport a embauché 22 intérimaires, contre 39 en 2008. La direction réajuste aussi son plan d'investissements. Lancé en 2008 sur une période de dix ans, il table sur plus de 650M€ de dépense. 60M€ devaient être investis cette année. Finalement, ce sera 50M€. «Nous reportons les investissements mais ne renonçons pas», insiste Didier Monges. La rénovation du terminal ?Aviation d'affaires? est ainsi reportée. Il ouvrira ses portes en avril2010, et non plus en novembre2009 comme prévu initialement. Autre signe: l'investissement a été financé à 64% par emprunt en 2009, contre 37% en 2008.




1% de croissance en 2010

Ce constat n'entame pas pour autant l'enthousiasme du directeur de l'exploitation. «C'est un bon moment pour investir, nous obtenons des meilleurs prix pour nos appels d'offres». Autre source d'optimisme: les compagnies aériennes réduisent la voilure, mais ne se retirent pas de l'aéroport. «Une preuve de la confiance des compagnies» pour Didier Monges. Aussi, si la fréquence des vols a baissé cet hiver de 9,4% par rapport à 2008, la direction prévoit une croissance de l'activité de 1% en 2010 par rapport à 2009, soit 98.000 passagers de plus. Une prévision «réaliste» pour le membre du directoire. L'homme s'appuie notamment sur l'augmentation de la fréquence des vols Nice-Dubaï, qui passe de 5 vols par semaine à 7. «Ce sera un hub pour l'Asie du Sud-Est et le Pacifique», explique-t-il. Enfin, Delta Airlines, «qui a stoppé sa liaison Lyon-New York, reste à Nicecar nous avons un marché solide, notamment avec Sophia». Sophia mais aussi Monaco, le tourisme... L'aéroport n'est donc pas prêt de se crasher, et comme le rappelle Didier Monges: «Historiquement, malgré des accidents, on reste sur une courbe ascendante sur le long terme». Et avec la privatisation, «nous avons plus d'autonomie, nous sommes plus maîtres de notre développement», positive-t-il. L'aéroport prévoit notamment de créer prochainement une filiale, sorte de société d'ingénieurs, qui monterait des projets d'aéroports à l'étranger.