Accompagnement : Trop de réseaux tue-t-il le réseau?
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Accompagnement : Trop de réseaux tue-t-il le réseau?

En France, il existe une multitude d'acteurs pour se faire accompagner dans la création et la reprise. Mais justement, n'y en a-t-il pas trop? Réponse avec l'enseignant-chercheur Azzedine Tounés.

Les réseaux d'accompagnement à la création ou à la reprise d'entreprise sont légion. Faut-il le regretter? Surtout pas, répond Azzedine Tounés, enseignant-chercheur en entrepreneuriat à l'ESC Chambéry-Savoie. Il avance toutefois l'idée d'une gouvernance renforcée. «Contrairement à l'Amérique du Nord où l'accompagnement est un vrai business via des sociétés privées, la France s'appuie sur un dispositif à la fois public et associatif avec l'apport de fonds publics», souligne l'universitaire.




Le modèle français répond à trois logiques

Azzedine Tounés rappelle que de ce côté de l'Atlantique, le soutien de l'entrepreneuriat répond à trois logiques: le développement économique, la cohésion sociale et la cohésion territoriale. Un triple objectif qui explique partiellement la multiplication des structures d'accompagnement aux niveaux des collectivités locales et des chambres consulaires. Mais l'existence des réseaux répond aussi «à la diversité des profils de porteurs de projets, de leurs projets, de leurs objectifs. Un accompagnement efficace exige une adéquation entre les besoins du porteur de projet et les compétences de l'accompagnateur.» D'autant, souligne le chercheur, «que l'accompagnement a une fonction psychologique importante en terme de motivation et de confiance. Cette dernière est absolument essentielle. On constate que certains porteurs ne sont pas "accompagnables" parce qu'ils éprouvent des difficultés à se livrer.» L'objectif de toutes ces structures: «sortir le porteur de projet de son isolement car il n'y a rien de pire que la solitude dans le processus de création d'entreprise. La question clé, c'est la pérennisation des entreprises.» Les statistiques en témoignent: 20% des entreprises lancées sans accompagnement ne passent pas le cap de la première année, 50% disparaissent avant le cap fatidique des cinq ans. Dans le cas contraire, les taux de succès dépassent parfois les 80%.




Apprécié par les banquiers

«Le porteur de projet a souvent du mal à prendre du recul par rapport à son idée. Il y a une forte part d'affect. En discuter, confronter son projet à l'expérience d'entrepreneurs en activité permet d'en comprendre les risques, les limites et d'appliquer les correctifs indispensables», explique Azzedine Tounés. Les réseaux offrent deux avantages supplémentaires - hors les prêts d'honneur accordés par certains d'entre eux qui permettent de muscler les fonds propres ou quasi-fonds propres. «Comme leur nom l'indique, ils permettent la mise en réseau qu'il faut considérer dans une perspective à moyen/long terme», explique Azzedine Tounés. Il ajoute que le passage par une de ces structures est de plus en plus apprécié par les banquiers. «Être accompagné est pour la banque une assurance, une sorte de feu vert qui permet un effet de levier de sept à huit fois la mise initiale.»




Lieu d'orientation: un manque

L'universitaire souligne par ailleurs «qu'au fil du temps, les réseaux se sont professionnalisés et offrent des prestations d'excellente qualité.» La seule ombre au tableau: la difficulté de l'aspirant-créateur à identifier la structure la mieux adaptée à son projet. «La diversité des structures peut créer un problème de gouvernance. Peut-être faudrait-il mettre en place un organisme fédérateur, une sorte de lieu d'orientation.» Azzedine Tounés plaide par ailleurs pour un accompagnement prolongé dans le temps. «Il existe beaucoup de choses en amont de la création, moins pour la post-création. Il devrait y avoir une mobilisation en aval.» Dernier conseil du chercheur à un porteur de projet: privilégier le choix d'un seul interlocuteur, «et en fonction de ses besoins spécifiques, identifier les ressources appropriées.»

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