En phase de développement à Saint-Malo, le projet de cargo à hydrogène liquide du groupe malouin Energy Observer (30 salariés, CA : 15 M€) vient d’être sélectionné parmi les 85 projets du plus grand appel à projets du fonds pour l’innovation de l’Union Européenne (une enveloppe de 4,8 milliards d’euros pour 18 pays). Le fonds vise à soutenir les industries du futur. Energy Observer 2 (EO2), du nom du futur navire, va ainsi recevoir une subvention de 40 millions d’euros. Une aide bienvenue pour permettre à l’entreprise bretonne de poursuivre ses travaux. L’investissement nécessaire couvrant les études et la construction du bateau représente quelque 100 millions d’euros pour le groupe fondé par le chef d’entreprise et skipper Victorien Erussard, déjà parti faire le tour du monde sur un catamaran à hydrogène autonome. Son nouveau projet ambitionne de démontrer la viabilité technique et économique de l’hydrogène liquide pour le transport maritime sur les petites distances. Et au-delà, renforcer l’autonomie technologique de l’Europe et agir pour le climat.
Technologies bas carbone
Le design actuel d’EO2 est un cargo porte-conteneurs de 160 mètres, capable de transporter jusqu’à 1 100 conteneurs avec une autonomie de 14 jours, correspondant à une distance de 1 600 milles nautiques. Doté d’une propulsion électrique alimentée par 4,8 MW de piles à combustible développées par EODev (expert dans la fabrication de groupes électrogènes hydrogène) et son partenaire industriel Toyota, ce navire représente une avancée majeure pour les technologies maritimes bas carbone. "EO2 représente un défi exceptionnel qui rend concret ce qui est issu des recherches en laboratoire. Avec une puissance embarquée de 4,8 MW, c’est comparable à la gestion d’une flotte de cent véhicules à hydrogène, ce qui requiert une montée en puissance des compétences et une rigueur de gestion", exprime dans un communiqué Didier Bouix, directeur général d’EO Concept, le bureau d’études d’Energy Observer spécialisé en architectures énergétiques navales et portuaires.
Soutien d’Accor et de nombreux partenaires industriels
Le projet EO2 bénéficie du soutien de partenaires stratégiques tels que le groupe hôtelier français Accor (propriétaire de 11 % des parts de la SAS Energy Observer, NDLR), qui a financé l’amorçage du projet pour concrétiser le premier grand navire démonstrateur fonctionnant à l’hydrogène liquide dans le transport maritime. D’autres acteurs comme le groupe CMA CGM, Air Liquide, LMG Marin, Dassault Systèmes et plus récemment l’américain Chart Industries sont aussi parties prenantes du projet. Ils ont participé aux études de faisabilité pendant deux ans pour définir le modèle économique optimal et flécher les solutions techniques et logistiques nécessaires à ce projet pilote.
Prévu pour une exploitation commerciale dès 2029 sur les côtes européennes de l’Atlantique et de la Manche, EO2 pourrait réduire les émissions de CO₂ de 112 250 tonnes sur dix ans, soit l’équivalent de l’absorption annuelle de 190 000 arbres.