Au milieu des trente glorieuses (1945-1975), la croissance annuelle du PNB français tourne autour de 6%. L'expansion économique est réelle, la main-d'oeuvre existe. En 1960, le comité d'expansion d'Anjou est fondé alors que la France vit une vague progressive de décentralisation industrielle. Le but est alors d'accélérer le développement exogène, créateur d'emplois. Depuis quelques années déjà, dans un objectif d'aménagement du territoire et de développement économique équilibré, l'État avait en effet décidé de ?sortir? les industries de la région parisienne. La Datar (Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale à l'époque) initie alors le mouvement et téléguide certaines installations en province, notamment celles possédant des capitaux publics. Pour les entreprises privées, les villes françaises se livrent une véritable bataille. André Robin, délégué général au patronat angevin, de 1949 à 1989, s'en souvient: «J'ai vécu aux premières loges cette période. C'était extrêmement passionnant. À l'intérieur de la décentralisation, c'était un vrai match entre les villes. Il fallait notamment avoir des zones qui permettaient aux industriels d'avoir de la main-d'oeuvre et des avantages logistiques. Je me souviens que pour la venue de DBA nous étions en concurrence avec Saint-Quentin. On a gagné au finish.»
Un immeuble dédié aux cadres de Thomson
En Anjou, une équipe restreinte d'une dizaine de personnes s'organise autour d'Auguste Chupin, président du comité d'expansion. «Nous étions constamment mobilisés, à l'affût des opportunités. Nous nous efforcions de répondre à la seconde aux questions des industriels. Pour ma part, en tant que délégué du patronat, je connaissais la moyenne des salaires du département par exemple.» À l'époque, on ne lésine pas non plus sur les moyens. Question logement, un immeuble est construit et entièrement dédié aux cadres de Thomson, derrière le palais de justice d'Angers. Revers de la médaille, ces efforts déployés pour attirer le chaland industriel font aussi des mécontents. «Ces arrivées ont engendré une surenchère des salaires dans une période de prospérité. Les ouvriers les plus qualifiés du département étaient débauchés. Si bien que lors de ma première réunion, les adhérents du mouvement patronal ne voulaient pas entendre parler de ces nouvelles entreprises au sein de l'organisation!», sourit aujourd'hui André Robin. «Cela a aussi permis à l'industrie locale, le textile notamment, de se moderniser et d'augmenter sa productivité», pense pour sa part Maurice Ligot, l'ancien maire de Cholet. Dès lors, l'Anjou accueille aussi ses grandes entreprises: Soretex (1948, actuellement Thyssen), Thomson (1957), Bull (1961-1963), Cibié (matériel pour automobile, 1967), Michelin, Paultsra ou DBA (freins pour automobile, 1972). Pour Bull et Thomson, dans les années 70, ce sont plus de 6.000 emplois créés, sans compter les incidences sur la sous-traitance.Des chiffres qui font aujourd'hui rêver...
Février ouvre le premier volet de notre série sur 50 ans de vie économique en Maine-et-Loire. La décennie 1960 - 1970 a cette particularité qu'elle concentre la majorité des grandes décentralisations industrielles survenues en France. L'Anjou a fait partie du mouvement. C'était le temps de l'installation en province des industries parisiennes des télécommunications, de l'électronique, des biens d'équipement, etc. Les villes se menaient alors une véritable bagarre car des milliers d'emplois à court terme étaient en jeu
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Thomas Giraudet