Bas-Rhin

Industrie

Interview « Comment la PME familiale Alsapan est devenue une ETI »

Entretien avec Cécile Cantrelle, PDG d'Alsapan

Propos recueillis par Adelise Foucault - 14 février 2019

Cécile Cantrelle, 38 ans, dirige Alsapan, un fabricant de revêtements de sols et de meubles en kit. La dirigeante raconte comment la PME familiale alsacienne, basée à Dinsheim-sur-Bruche, est devenue au fil des ans une ETI. Et comment l'entreprise qui a intégré un « accélérateur » compte poursuivre son développement.

Cécile Cantrelle, P-dg de l'ETI familiale Alsapan, à Dinsheim-sur-Bruche.
Cécile Cantrelle, PDG de l'ETI familiale Alsapan, à Dinsheim-sur-Bruche, compte gagner de nouveaux marchés en Amérique du Nord et en Chine. — Photo : © Alsapan

Avec ses 800 salariés et près de 240 M€ de chiffre d’affaires, Alsapan répond en tout point à la classification des ETI. Une catégorie d’entreprises actuellement sous les feux des projecteurs !

Cécile Cantrelle : Effectivement, depuis deux trois ans, on sent une prise de conscience politique de l’importance de ces entreprises dont on ne parlait pas trop auparavant. Entre les PME et les grands groupes, les ETI étaient oubliées en France, alors qu’elles étaient valorisées outre-Rhin. Des dispositifs existent aujourd’hui pour nous aider à grandir et à améliorer notre compétitivité en prenant mieux en compte nos spécificités.

Avez-vous bénéficié d’un de ces dispositifs ?

C.C. : Oui, nous venons de terminer le programme Accélérateur ETI de Bpifrance. Quand Bpifrance nous a proposé de rejoindre son accélérateur (dont l’objectif est de faire des ETI françaises les championnes internationales de demain, NDLR) il y a un an et demi, j’étais un peu sceptique sur l’utilité de la démarche… Mais c’était un honneur d’avoir été sélectionné donc nous l’avons intégré, sans vraiment savoir si cela allait nous apporter quelque chose. Nous travaillions déjà de longue date avec Bpifrance, qui nous avait déjà aidés à financer des projets par le passé.

Comment fonctionne cet accélérateur ?

C.C. : Pour intégrer le dispositif, Bpifrance demande à l’entreprise un engagement financier. Ce n’est pas plus mal car cela nous engage à suivre sérieusement le programme. Au-delà des trois séminaires thématiques, nous avons bénéficié en début de programme d’un diagnostic 360° qui a permis d’identifier nos points forts et nos points faibles. Nous avons ensuite eu accès de manière avantageuse à un pool de consultants sélectionnés par Bpifrance. Nous n’avions jusqu’alors pas trop cette culture de faire appel à des consultants. Nous avons eu recours à eux sur des sujets tels que l’export ou la définition d’une charte familiale, Alsapan étant une entreprise à capitaux 100 % familiaux. Il y a également un volet « advisory board », une sorte de test d’un conseil d’administration avec des personnes extérieures à l’entreprise pour aider l’entreprise dans ses axes stratégiques. Ce n’est pas la partie la plus agréable, car on est y est un peu bousculé !

Est-ce que ce programme vous a été bénéfique ?

C.C. : Oui, c’est un bel accompagnement avec des actes concrets et pas que de belles paroles. Fort de son succès, le gouvernement veut l’ouvrir à un plus grand nombre d’entreprises. Je ne sais pas s’ils arriveront à préserver le même niveau de qualité…

L’accompagnement dont vous avez bénéficié sur l’export porte-t-il ces fruits ?

C.C. : C’est un axe qui était un peu en sommeil, même si nous sommes présents à l’international – dans une soixantaine de pays - par le biais de nos clients. Nous avons connu un grand bon de l’export dans les années 1995 à 2000, alors que le marché du revêtement de sol était en plein boom. Depuis cinq ans, nous avons mis des ressources et activé notre présence sur des salons, comme celui d’Hanovre en janvier, pour rebooster l’export.

« Ce sont d’abord nos clients qui nous ont tirés vers le haut »

Nos axes de développement concernent l’Amérique du Nord et la Chine. On ne veut se priver d’aucun marché, même s’ils sont plus difficiles d’accès – notamment aux Etats-Unis avec les mesures protectionnistes de Trump. On fonce !

Comment l’entreprise familiale créée par votre grand-père en 1972 s’est-elle hissée au rang d’ETI ?

C.C. : Dès le début, mon grand-père menuisier avait un projet industriel. Sous son impulsion puis celle de ses enfants, l’entreprise s’est développée. Ce sont d’abord nos clients qui nous ont tirés vers le haut, en nous challengeant, sur l’innovation, le management de la qualité, les volumes. Nous avons accompagné leur développement, comme Ikea, avec qui nous travaillons depuis 33 ans et qui représentait 70 % de notre chiffre d’affaires dans les années 1990. Mais aussi d’autres partenaires, comme Leroy Merlin. Nous avons bénéficié du grand boom commercial du revêtement de sol dans les années 1995. On a su saisir cette opportunité de marché. À l’époque, on n’allait pas à la recherche de clients, ce sont eux qui venaient à nous !

Après une expérience en bourse, vous avez fait le choix d’en sortir. Pour quelles raisons ?

C.C. : L’entrée en bourse, sur le Nasdaq à Bruxelles en 1997 puis sur le second marché à Paris en 1999, nous a permis de soutenir financièrement l’explosion de notre activité, qui nous a fait changer d’échelle. Entre 2000 et 2007, nous avons fait l’acquisition de cinq sociétés, dans le meuble et le revêtement de sol.

«  Les investissements vont encore s’accélérer ces trois prochaines années, avec une enveloppe prévisionnelle de 50 M€ »

En 2012, ma mère a décidé de sortir du marché boursier, n’y voyant plus d’avantages mais beaucoup de contraintes, notamment la lourdeur des reporting. Depuis, la famille a procédé aux rachats des parts détenues jusqu’alors par des partenaires industriels historiques. Et l’année dernière, l’actionnariat familial a été resserré. Cette année, ma mère prépare la transmission à ses trois enfants.

Quels sont vos projets pour l’année à venir ?

C.C. : On a un gros projet dans les tuyaux pour fabriquer nos panneaux avec moins de ressources bois en utilisant une technologie alvéolaire. Plus vertueux environnementalement, ils seront également plus légers et donc plus faciles à transporter. C’est un projet à 12 M€ qui devrait, on l’espère aboutir en 2021. Pour accompagner notre croissance – notre chiffre d’affaires a progressé de 10 % entre 2016 et 2017 (+3,5 % entre 2017 et 2018), ce qui est assez atypique sur un marché aujourd’hui difficile – nous avons investi 12 M€ ces quatre dernières années pour agrandir et moderniser nos usines. Et ces investissements vont encore s’accélérer ces trois prochaines années, avec une enveloppe prévisionnelle de 50 M€ sur cette période. Nous produisons actuellement 10 millions de mètres carrés de revêtements de sol et nous avons investi fin 2018 dans une ligne de production dédiée au vinyle, un marché qui connaît actuellement une croissance à deux chiffres que l’on ne connaît plus dans le revêtement de sol bois.

Cécile Cantrelle, P-dg de l'ETI familiale Alsapan, à Dinsheim-sur-Bruche.
Cécile Cantrelle, PDG de l'ETI familiale Alsapan, à Dinsheim-sur-Bruche, compte gagner de nouveaux marchés en Amérique du Nord et en Chine. — Photo : © Alsapan