Énergie

Interview Marc Lefour (CHO Power) : « La cessation de paiement d'Europlasma n’est pas un choix tactique »

Entretien avec Marc Lefour, directeur de développement de CHO Power (groupe Europlasma)

Propos recueillis par Xavier Eveillé - 26 février 2019

Via plusieurs filiales spécialisées, Europlasma construit et exploite des centrales de production d’électricité par gazéification de déchets ultimes (Inertam) et de biomasse (CHO Power). En cessation de paiement, le groupe girondin cherche à céder ses activités. Quel avenir pour le projet d’usine de production électrique par gazéification de biomasse de Locminé, dans le Morbihan ?

Marc Lefour, directeur de développement CHO Power (groupe Europlasma).
Marc Lefour, directeur de développement CHO Power (groupe Europlasma). — Photo : DR

Le Journal des Entreprises : Europlasma a été placé en cessation de paiement quelques jours après la procédure d’alerte, initiée par les commissaires aux comptes du groupe. Europlasma a indiqué vouloir maintenir les projets en cours. De quelle manière est-ce possible ?

Marc Lefour : Une période de redressement judiciaire de six mois renouvelables s’ouvre. En tant que directeur de développement de CHO Power, je rappellerai ceci : ce n’est pas un choix tactique. Le groupe Europlasma développe une technologie très particulière, consistant à gazéifier des déchets végétaux (biomasse) à l’aide d’une torche à plasma, concept exclusif de combustion des déchets à 3 000°C dans un environnement sans oxygène. Il n’existe pas d’usine comparable à celle de Morcenx (Landes) dans le monde. Or, le processus a été long et coûteux. Il a pris beaucoup de retard (l’usine pilote des Landes a davantage consommé d’électricité qu’elle n’en a produite sur ses premiers mois d’exploitation : en 2016, l’usine a fonctionné 2 096 h et produit 4 500 MWh ; en 2017, elle a produit 1 200 MWh et a connu des phases d’arrêt, notamment en début d’année jusqu’en avril. Le rapport annuel 2018 est attendu, NDLR). Europlasma est alors arrivé à la limite de sa capacité de financement. Il faut bien comprendre que les gains de Morcenx, site pionnier et proto, sont attendus sur les autres usines CHO Power.

Lesquelles ? Et quel est leur état d’avancement ?

M. L. : Deux projets sont actuellement priorisés : CHO Power « TIPER » à Thouars et CHO Power Locminé. En rappelant ceci : nous ne sommes pas en liquidation et CHO Power, comme l’ensemble du groupe Europlasma, possède beaucoup d’actifs. Plusieurs fonds d’investissement regardent à la reprise d’activités d’Europlasma soit en totalité, soit plus spécifiquement sur les activités de ses filiales (le plan concerne Europlasma SA et ses filiales Inertam SAS, CHO Power SAS, CHOPEX SASU, CHO Morcenx SASU et CHO Tiper SAS, NDLR).

« Je pense que cette nécessaire mise à plat rend paradoxalement ces projets plus certains »

À Thouars, des études sur site sont à finaliser. Une fois l’activité reprise, il y aura bien sûr plus de visibilité. Le cas de Locminé est un peu particulier, car une association a intenté un recours contre le projet d’usine de production électrique par gazéification de biomasse (investissement prévu de 48 millions d’euros, NDLR). La réponse du tribunal administratif de Rennes est attendue, nous l’espérons, dans les tout prochains mois. L’enjeu est bien sûr d’avoir de la lisibilité rapidement. Le projet de Locminé, c’est 6 millions d’euros de dépenses par an pour une production visée de 11 mégawatts électriques (soit la consommation de 45 000 habitants hors chauffage). Elle est comparable à l’unité de Morsenx (10 mégawatts électriques). C’est 30 emplois directs pour l’exploitation et 35 emplois indirects (maintenance, entretien…).

Les porteurs de projet ont six mois pour déposer une offre. Comment voyez-vous l’avenir de l’activité ?

M. L. : Il y a bien sûr de l’incertitude, mais les technologies développées au fil des années sont prometteuses. Les enjeux portent aujourd’hui sur la structuration des financements (réorganisation des fonds propres et de la dette). Je pense que cette nécessaire mise à plat rend paradoxalement ces projets plus certains. L’hypothèse la plus probable est que des sociétés et des grands groupes qui ont les moyens nécessaires portent au moins l’un de ces deux projets les plus avancés, ce qui permettra de déclencher, qui plus est, des partenariats.

Marc Lefour, directeur de développement CHO Power (groupe Europlasma).
Marc Lefour, directeur de développement CHO Power (groupe Europlasma). — Photo : DR

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