Packard Bell : Que s'est-il passé depuis le plan social de 2008 ?

Par Stéphanie Bodin et Thomas Giraudet, le 03 juin 2011

Au début des années 2000, Packard Bell comptait 1.500 salariés à Angers. Dix ans plus tard, il en reste 150. Lors du dernier plan social de 2008, 134personnes ont été licenciées. La majorité a retrouvé un emploi. Douze ont même créé une entreprise.

Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

Au 299 boulevard Patton, dans la zone d'activités d'Angers Technopole, l'enseigne Acer - Packard Bell - Gateway est apposée en grand sur l'immeuble. À quelques centaines de mètres, les quais de livraison sont, eux, désespérément vides de trafic. Alors qu'au début des années 2000, 1.500 personnes grouillaient sur place, ils ne sont aujourd'hui plus que 150. En cause: trois plans sociaux successifs, entre 2005 et 2008. Arrivée en 1996 pour y construire ses ordinateurs pour l'Europe, Packard Bell, sous l'étendard de Nec depuis 1998, s'est d'abord séparée de ses équipes de production. 500 personnes ont été concernées d'un seul coup. Les rachats successifs, en 2006 et 2008, par John Hui de la branche Packard Bell (grand public), séparée alors de la branche Nec (professionnels), puis par Acer (20 Mds de dollars de CA; 7.500 personnes dans le monde), ont conduit au départ de 350 personnes. La fabrication des composants et des machines en Asie, la guerre des prix et la course aux volumes auront eu raison en dix ans de la fabrication française et européenne de Packard Bell.

«Des gens bien formés»

En 2008, lors du dernier plan social, ce sont 134 personnes, 86 hommes et 48 femmes, qui ont été licenciées. Le cabinet angevin Caminno RH a accompagné ces salariés dans la mise en place de leur nouveau projet professionnel. Aujourd'hui, ils ne sont plus que quatre à être toujours à la recherche d'un emploi. La durée moyenne de reclassement aura été d'un peu moins de neuf mois. Au démarrage du chantier, la tâche s'annonçait pourtant difficile, au vu du contexte. Les premiers départs ont en effet eu lieu en juillet2008, aux prémices de la crise économique. Le cabinet angevin a alors décidé de déployer des outils qu'il n'avait «pas l'habitude d'utiliser», explique sa directrice, Lénaïck Le Gratiet. Théâtre d'improvisation, coaching en image... tout a été mis oeuvre pour «mettre en mouvement et doper» les anciens salariés. Plusieurs facteurs clefs auront aussi contribué à la réussite de l'accompagnement. Le profil des anciens salariés d'abord: «Nous avions à faire à des gens très bien formés et dotés d'une vraie capacité d'adaptationet d'une bonne résistance au stress», souligne Lénaïck Le Gratiet. La qualité du partenariat avec l'entreprise ensuite. «Elle a été très réactive et a mis les moyens financiers nécessaires», souligne la consultante. Conséquence: aujourd'hui, les ex-salariés de Packard Bell «parlent avec respect de leur ancien employeur», constate la spécialiste des ressources humaines. Un élément important à prendre en compte, à l'heure où les réputations des entreprises se font et se défont sur la toile.

Créateurs d'entreprise

Karine Dolet, une ancienne salariée, confirme «les bonnes conditions» qui ont accompagné son départ: «J'ai pu me permettre d'être exigeante pour mener à bien la réorientation professionnelle que j'espérais.» Aujourd'hui elle travaille au service relations internationales de l'Université d'Angers. D'autres ont pris la voie de la création d'entreprise. Ils sont douze en tout, soit 9% des salariés accompagnés. «Un chiffre conséquent, souligne Lénaïck Le Gratiet. Nous sommes généralement autour de 3 à 5%.» Certains sont restés dans leur domaine de prédilection, l'informatique, une dizaine a été embauchée chez le spécialiste de l'enfant Dorel et d'autres comme Michael Harrison (lire ci-contre), ont même pris un virage à 180º.

Quel avenir à Angers?

Aujourd'hui, Acer France (750M€ de CA dont 250M€ par Packard Bell) dispose à Angers d'un des sept centres de réparation européens pour ses PC et, désormais, ses tablettes numériques. L'objectif est de le pérenniser (cf. ci-dessous). Mais en occupant seulement 7.000m² des 27.000m², Packard Bell supporte des coûts de fonctionnement qui pourraient lui être préjudiciables à terme. La solution serait de vendre. Mais l'entreprise n'est pas seule décisionnaire dans ce dossier. La Ville a également son mot à dire. Cette dernière, injoignable, aurait refusé, il y a moins d'un an, un projet bien avancé qui ne correspondrait pas à ses attentes, celles de faire venir un industriel. Qui de Thomson qui cherche à déménager? Il se murmure que si la Ville accepte ce transfert, l'entreprise utilise la vente de son terrain à Saint-Barthélémy-d'Anjou, pour réaliser un plan social afin de dimensionner les équipes. «On a des pistes.Il faut dans le courant de cette année un projet viable même s'il se met en place l'an prochain. Il n'y a pas de menaces du groupe Acer sur les emplois, indique Jean-Luc Bayel, le DRH d'Acer France. Mais ces locaux, il faut les maintenir. Ces coûts impactent le centre de réparation.»

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