Sarthe

Industrie

Interview Arjowiggins : « L’État est responsable »

Entretien avec Jacques Lacoche, maire de Bessé-sur-Braye (Sarthe)

Propos recueillis par Cédric Menuet - 04 avril 2019

Maire de Bessé-sur-Braye, en Sarthe, Jacques Lacoche ne cache pas sa colère. La fermeture de la papeterie Arjowiggins laisse près de 600 salariés sans emploi. Pour l’élu, l’État n’en a pas fait assez pour soutenir le projet de reprise du site.

Jacques Lacoche, maire de Bessé-sur-Braye.
Maire de Bessé-sur-Braye, Jacques Lacoche s'inquiète des conséquences sur sa commune de la fermeture d'Arjowiggins. 10% du budget municipal dépend en effet de la papeterie. — Photo : Cédric Menuet - Le Journal des entreprises

Le Journal des Entreprises : Malgré un projet de reprise des trois papeteries Arjowiggins et une offre de dernière minute émanant de sa direction, le site de Bessé-sur-Braye n’a pas pu être sauvé. Quel est votre sentiment sur cet échec ?

Jacques Lacoche : C’est une catastrophe, dont on ne mesure pas encore l’impact sur le bassin de vie de l’usine. Je suis scandalisé quand j’entends le ministre de l’Économie Brune Le Maire se féliciter de la reprise de deux des trois sites, ce qui représente 20 % des salariés. On ne peut laisser partir comme ça 600 emplois. Le carnet de commandes était plein, les clients en confiance.

« L’attitude digne et calme des salariés et des syndicats les a desservis. »

L’État est responsable, ainsi que Bpifrance, qui détient 15 % du capital de Sequana (la maison mère d’Arjowiggins, NDLR). 200 millions d’euros publics ont été investis dans ce groupe. Qu’ont-ils fait de cet argent ? Le gouvernement doit faire la lumière sur la gestion de Sequana.

Il y a eu aussi cette incapacité à réunir des fonds privés pour soutenir les différents projets de reprise…

J.L. : Tout à fait, car une règle européenne impose un euro d’argent privé pour chaque euro d’argent public investi. Or, nous avions le financement public. L’État et les régions Pays de la Loire et Centre-Val de Loire étaient prêts à financer à hauteur de 50 % les différentes solutions de reprise des sites Arjowiggins. Sur la dernière offre qui émanait de la direction de l’usine de Bessé-sur-Braye, il restait 15 millions d’euros de fonds privés à réunir. Les investisseurs n’ont pas été trouvés.

Qu’est ce qui, selon vous, a manqué aux différents dossiers de reprise ?

J.L. : Le temps ! Nous avons appris en janvier le redressement judiciaire d’Arjowiggins par la presse. Tout le monde a été pris de court, y compris la direction de l’usine. Or, la situation de l’entreprise était connue depuis longtemps… Je pense aussi que l’attitude digne et calme des salariés et des syndicats les a desservis. Ils n’ont pas attiré l’attention des médias nationaux sur ce dossier.

L'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye emploie 568 salariés.
L'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye emploie 568 salariés. - Photo : Cédric Menuet - Le Journal des entreprises

Le projet de reprise des trois sites par Lessebo Papers semblait pourtant bien engagé…

J.L. : C’était effectivement un projet qui tenait la route, avec un industriel du métier. Nous avons eu ce monsieur Terje Haglund, qui a eu le mérite de se déplacer deux fois au tribunal de commerce de Nanterre pour s’entendre dire qu’il doit à nouveau amener de nouvelles garanties. Avec des reports de décisions tous les 15 jours, comment pouvait-il monter un projet solide ? On l’a découragé.

La Région annonce un plan de revitalisation d’un million d’euros pour le territoire. Comment sera utilisée cette enveloppe ?

J.L. : La Région fait un bon travail sur ce dossier. En plus des aides à la formation des salariés d’Arjowiggins, elle débloque cette somme pour soutenir l’activité économique locale et les projets d’installation. Mais aujourd’hui, les artisans et les commerçants du bassin de vie ne se projettent pas dans l’avenir. Ils craignent avant tout un manque à gagner. Les salaires d’Arjowiggins étaient intéressants ; c’est donc du pouvoir d’achat qui va disparaître.

« La fermeture d'Arjowiggins, premier employeur du bassin de vie, est un vrai coup de massue pour Bessé-sur-Braye. »

Quant à attirer de nouvelles entreprises, nous sommes mal desservis sur le plan routier. Nous n’avons pas d’autoroute et le bassin d’emplois le plus proche est à 40 kilomètres…

Quelles vont être les conséquences directes de la fermeture d’Arjowiggins à Bessé-sur-Braye ?

J.L. : C’était le premier employeur du bassin de vie. En comptant les sous-traitants et les entreprises qui travaillaient grâce à la papeterie, c’est au total 1 500 emplois qui sont concernés. Certaines sociétés se sont déjà placées en redressement judiciaire. Ce sont des salariés qui ne bénéficieront pas des avantages proposés aux anciens d’Arjowiggins. C’est un vrai coup de massue pour Bessé-sur-Braye.

Fiscalement, Arjowiggins représentait 10 % de notre budget. Et cela a une implication sur toutes nos infrastructures, qui sont celles d’une commune de 5 000 habitants, alors que nous en comptons seulement 2 200. Les frais de fonctionnement sont énormes. Je ne sais pas comment nous allons faire. Je redoute également un exode des salariés d’Arjowiggins. Depuis 30 ans, Bessé-sur-Braye a perdu 1 500 emplois…

Jacques Lacoche, maire de Bessé-sur-Braye.
Maire de Bessé-sur-Braye, Jacques Lacoche s'inquiète des conséquences sur sa commune de la fermeture d'Arjowiggins. 10% du budget municipal dépend en effet de la papeterie. — Photo : Cédric Menuet - Le Journal des entreprises

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