Textile

Relocalisation

Le premier jean en coton français de la marque 1083 devient une réalité chez Tissage de France

Par Jean-François Michel, le 17 janvier 2024

Imaginé pour les 10 ans de la marque drômoise 1083, le premier jean confectionné dans un tissu mêlant coton recyclé et coton cultivé en France sort des ateliers de Tissage de France, à Rupt-sur-Moselle, dans les Vosges. Un pas de plus vers la relocalisation d’une filière.

Les métiers de Tissage de France vont produire la matière nécessaire à la confection de 1 600 jeans, grâce à une récolte de 1,8 tonne de coton français.
Les métiers de Tissage de France vont produire la matière nécessaire à la confection de 1 600 jeans, grâce à une récolte de 1,8 tonne de coton français. — Photo : Jean-François Michel

Pour le fondateur et président de la marque 1083, Thomas Huriez, c’est l’aboutissement de "dix ans de travail pour relocaliser". La semaine du 15 janvier 2024, l’équipe de la PME installée à Rupt-sur-Moselle, Tissage de France (CA : 4 M€ ; 50 salariés), filiale à 55 % de la société 1083 (CA : 12 M€ ; 100 salariés), basée à Romans-sur-Isère dans la Drôme, a tissé 1 200 kg de coton pour en faire 2 400 mètres de denim, le tissu emblématique des jeans, soit la quantité de matière nécessaire pour confectionner 1 600 jeans.

"Pour obtenir ces 1 200 kg de coton, nous avons cardé 600 kg de coton blanc cultivé en France et 600 kg de coton recyclé", explique Thomas Huriez. Appréciant tout particulièrement les climats chauds et humides, le cotonnier n’est pas particulièrement à son aise en France : mais l’acharnement de plusieurs agriculteurs basés dans le Gers et dans la Drôme a permis d’obtenir en 2023 une récolte de 1,8 tonne de coton, qui une fois égrainé, a donné 600 kg de fibres utilisables pour la filature. "Faire pousser du coton en France, c’est comme faire pousser des tomates en Norvège", s’amuse Thomas Huriez. "Il faut accepter que sur la partie agricole, le coton français coûte plus cher car il en pousse moins au mètre carré, mais nous allons compenser en rajoutant du coton recyclé, qui ne coûte pas très cher."

Empreinte environnementale réduite

Vendu 169 €, soit un tarif supérieur à la moyenne du panier des clients de 1083, qui s’établit à 129 €, ce jean en coton français doit continuer à démontrer qu’il est possible de refaire du Made In France. "Le prix d’un produit ne dépend pas que de son prix de fabrication, mais surtout de son modèle de distribution", rappelle Thomas Huriez, qui avec le lancement de 1083, a raccourci la chaîne de distribution pour dégager plus de moyens pour produire localement. Le local a d’autres vertus : de 32 kg de CO2 émis pour produire un jeans vendu par la "fast fashion", l’empreinte carbone du jeans tissé et confectionné dans les Vosges descend à 6 kg. "Et comme nous n’utilisons pas de teinture pour le tissu, la consommation d’eau pour produire un jean tombe de 3 200 litres à 150 litres", se félicite Thomas Huriez.

Le coton recyclé utilisé par 1083 donne la couleur bleue au tissu, sans traitement additionnel.
Le coton recyclé utilisé par 1083 donne la couleur bleue au tissu, sans traitement additionnel. - Photo : Jean-François Michel

Depuis la reprise en 2018 des activités de tissage et de filature de Valrupt Industries (CA : 38 M€ ; 125 salariés), la société 1083, associée à Denis Heinrich, auparavant dirigeant de ce pôle d’activité pour Valrupt Industries, a injecté près d’un million d’euros pour lancer l’atelier de confection de Tissage de France. Fin 2023, le groupe a encore investi 400 000 € dans cinq métiers à tisser, qui permettront de servir les secteurs du luxe des marques de luxe mais aussi de tisser des produits techniques, notamment dans la cosmétique. "Aujourd’hui, Tissage de France travaille à 10 voire 15 % pour 1083. Mais 80 % des tissus de 1083 sont produits par Tissage de France", détaille Thomas Huriez.

Une activité stratégique pour le développement de la marque drômoise, qui se révèle délicate à piloter. "Il y a un modèle économique à retrouver", concède le fondateur de 1083, en levant le voile sur des évolutions au capital de la structure, qui héberge deux activités qui n’ont pas du tout la même structure de coût : de l’énergie pour le tissage et de la main-d’œuvre pour la confection. "Au lieu d’être majoritaire de tout, nous nous sommes organisés avec nos associés pour devenir minoritaires du tissage et majoritaire de la confection".

Un atelier ouvert au tourisme industriel

Un mouvement au capital qui doit déboucher sur une décision stratégique pour 1083 : faire de l’atelier de confection un site de tourisme industriel. "En tant que marque de mode, nous avons besoin de montrer que nous ne faisons pas comme les autres", insiste le dirigeant de 1083. Pour l’instant, les 500 m² de l’atelier de confection de Tissage de France sont perdus au milieu des 15 000 m² de l’usine exploitée par Valrupt Industries. Un projet de "reconfiguration" de l’atelier va être lancé, qui devra être exécuté d’ici "six mois voire un an", pour le repositionner "au milieu d’un magasin", décrit Thomas Huriez. Une stratégie qui doit permettre aux clients de 1083 de mieux comprendre les différentes étapes nécessaires à la confection d’un jeans, un effort de pédagogie visant à faire mieux accepter les prix. "Cette année, nous avons réussi à maintenir le niveau de l’activité, mais nos marges ont souffert", détaille Thomas Huriez, qui vend environ 50 000 jeans de marque 1083, dans un marché français qui voit s’écouler chaque année 67 millions de jeans.

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