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Vensys Group carbure aux acquisitions et à l’innovation

Par Thibault Dumas, le 10 novembre 2023

L’ETI familiale du Poiré-sur-Vie Vensys Group, qui à l’origine fabriquait des outils agricoles, enchaîne les acquisitions, les investissements et les innovations. Sous l’égide de la nouvelle présidente Sophie Renner, ses activités comprennent désormais aussi le rétrofit des véhicules. Les 60 millions d’euros de chiffre d’affaires seront dépassés en 2023.

Anaïs Terrien, directrice administrative et financière, et Sophie Renner, présidente de Vensys Group.
Anaïs Terrien, directrice administrative et financière, et Sophie Renner, présidente de Vensys Group. — Photo : Thibault Dumas

Après 133 ans d’une longue histoire entrepreneuriale, Vensys Group franchit une étape décisive. La PME vendéenne est dorénavant une ETI avec 264 employés au Poiré-sur-Vie. De 53 millions d’euros en 2022, son chiffre d’affaires devrait dépasser les 60 millions d’euros en 2023. Sa stratégie : proposer tout un panel de services autour de l’adaptation des engins off-road (tracteur, pelleteuse, niveleuse, chargeuse, bulldozer, tractopelle, etc.), qui demeure son activité centrale. Dans ce contexte de croissance de l’activité, son site principal de 4 200 m², le long de la D763, au nord de La Roche-sur-Yon, va ainsi s’agrandir de 1 000 m² pour un investissement de 4 millions d’euros.

"Nous sommes des intégrateurs de solutions électroniques, hydrauliques et robotiques. Cela va de la conception à la réparation en passant par l’amélioration des machines", égraine l’énergique Sophie Renner, 48 ans, qui est désormais présidente de Vensys, où elle est entrée en 2008. La nouvelle dirigeante appartient à la cinquième génération de dirigeants familiaux aux manettes de l’entreprise, pour un actionnariat qui demeure lui aussi 100 % familial.

Sous l’influence de Sophie Renner, le groupe se consolide en huit filiales, dont deux acquisitions récentes dont e-Neo (lire par ailleurs). Avec l’objectif de renforcer les synergies entre elles, un nouveau directoire vient d’être créé et un nouveau directeur général, Didier Meurou, a été recruté en mars, après le départ en retraite du précédent. Cette arrivée s’accompagne d’un autre objectif stratégique : amplifier son activité à l’étranger – amorcée dans les années 1990 – de 20 à 30 % via ses branches à l’international situées essentiellement en Angleterre, Allemagne, Espagne et Sénégal.

De l’agriculture au BTP

Avant de ferrailler à l’international, et bien avant son décès brutal en 2021, le père et prédécesseur de Sophie Renner, Jacques Audureau, évoquait souvent les racines historiques de l’entreprise, sur les terres de La Copechagnière, une bourgade située entre Montaigu et La Roche-sur-Yon. "Mon arrière-grand-père, qui était Compagnon du Devoir et du Tour de France, a démarré son activité de forgeron en 1880. À ce moment-là, il fabriquait des machines à traction animale : semoirs, pulvérisateurs, distributeurs d’engrais". Tous siglés Audureau.

La grande évolution industrielle de l’entreprise date des années 1970. L’entreprise familiale se tourne alors résolument vers l’hydraulique et l’électronique quand l’agriculture fait sa révolution technologique. Puis la société vendéenne se diversifiera dans la manutention et le BTP pour prochainement équiper tous types d’engins off-road, en prototype, présérie ou série. "Nous amenons notre intelligence technique pour adapter des appareils à des normes ou à des usages", détaille Sophie Renner. Ces améliorations sont conduites soit à la "première monte", directement à la chaîne de principaux fabricants (Manitou, Kuhn, Class, Caterpillar, etc.), soit en "seconde monte", a posteriori. "Ces grandes marques externalisent une partie de leur innovation, pour des contraintes de production et de timing, ajoute la dirigeante, ce sont nos clients comme les concessionnaires ou même les agriculteurs qui demandent des modifications".

Aubin Chauvet, en charge du marketing et de la communication de Vensys Group.
Aubin Chauvet, en charge du marketing et de la communication de Vensys Group. - Photo : Thibault Dumas

En quoi ces améliorations consiste-t-elles ? À l’atelier technique de 5 000 m² (bientôt 5 500), son second site en lisière du Poiré-sur-Vie, on en voit des exemples par dizaines. Un engin de démolition a vu sa cabine de commandes surélevée et son bras affublé de capteurs de hauteur, pour l’empêcher de toucher un plafond, par exemple. Un quatrième point hydraulique a aussi été inventé pour la bineuse d’un tracteur, ce qui permet de suivre avec précision des rangées de culture dans des champs parfois accidentées. Une mini-pelle a aussi été entièrement optimisée et électrifiée, avec "rétrofit" du moteur thermique vers l’électrique.

"L’idée globale demeure à chaque fois la machine la plus efficace possible en matière mécanique, énergétique et donc écologique", synthétise Aubin Chauvet, en charge du marketing et de la communication du groupe. Ce savoir-faire trouve même des applications inattendues. Comme les potences pour retourner les bateaux de Bénéteau, qui a une usine voisine au Poiré-sur-Vie.

Ingénierie, négoce et conseil

Vensys Group vient même de fabriquer son premier engin de A à Z. Une niveleuse compacte de moins de 2,7 tonnes, adaptée aux pistes cyclables, un manque sur le marché jusqu’ici. Cinquante exemplaires ont été vendus en cinq ans. "Nous restons toujours à l’écoute de nos clients avec l’idée qu’un marché peut toujours avoir plusieurs portes d’entrée", décrypte Aubin Chauvet. En développant désormais "une offre complète de décarbonation", qui passe par de l’accompagnement et du conseil. Jusqu’à détacher des ingénieurs chez les constructeurs. D’où le rachat en 2020 du bureau d’études nantais In Situ, spécialisé dans l’hydraulique (40 ingénieurs).

Parallèlement, depuis 40 ans, Vensys a développé un service (certifié) de réparation de vérins hydrauliques (qu’il ne fabrique plus depuis vingt ans), de pompes ou de moteurs à piston. "Ces instruments coûtent très cher neufs et parfois ils ne sont même plus fabriqués, tout comme les pièces d’origine, d’ailleurs", détaille un chef d’atelier. Une offre intéressante, en B to B, pour les professionnels des machines mobiles, les concessionnaires ou les constructeurs.

Le groupe vendéen dispose aussi depuis 2000 de sa propre filiale de négoce de composants hydrauliques et mécaniques. "Nous sommes un peu le La Redoute ou plutôt l’Amazon du secteur ", en sourit Sophie Renner. Le catalogue compte désormais 190 000 références dont 25 000 sont stockées dans ses hangars du Poiré-sur-Vie. "La mise en stock permet d’anticiper les problèmes de réapprovisionnement. C’est primordial vu le contexte", y entend-on entre deux rangées. Là les clients peuvent être aussi en B to C : des agriculteurs, des paysagistes, des manutentionnaires, des producteurs de cinéma, qui utilisent ces équipements.

Sans oublier les désormais 13 points de vente/service (sous la marque Hydorkit), dont 11 en France métropolitaine, un à La Réunion et un au Sénégal. Pour Sophie Renner, "cette grande diversité d’activités, qui n’a pas d’équivalent, permet d’amortir les aléas des marchés. Quand il y a des problèmes sur le neuf, par exemple, nous avons l’occasion. Par contre, nous avons beaucoup de concurrence sur la vente de certains produits". Après avoir acquis une réputation, Vensys veut se faire un nom.

Premier tracteur à hydrogène vert réalisé par e-Néo pour le groupe nantais de TP Charier.
Premier tracteur à hydrogène vert réalisé par e-Néo pour le groupe nantais de TP Charier. - Photo : Thibault Dumas

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