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Interview Pascal Perri : « Pourquoi le FC Nantes pourrait être vendu 100 millions d'euros »

Entretien avec Pascal Perri, économiste

Propos recueillis par Amandine Dubiez - 19 juin 2019

Comment le FC Nantes peut-il être valorisé 100 millions d’euros, soit deux fois plus que le PSG, l'Olympique de Marseille et les Girondins de Bordeaux, au moment de leur rachat respectif en 2011, 2016 et 2018 ? Éléments de réponse avec Pascal Perri, économiste, auteur d’une étude sur le business du football français pour l’Institut Sapiens. Selon lui, pour rentabiliser leur offre, les investisseurs voudront certainement être propriétaires de leur stade. 

Pascal Perri est économiste, auteur d'une note sur les investisseurs institutionnels sur le marché du football français pour l'Institut Sapiens.
Pascal Perri est économiste, auteur d'une note sur les investisseurs institutionnels sur le marché du football français pour l'Institut Sapiens. — Photo : Perri

Le Journal des Entreprises : Le quotidien Ouest-France évoque un rachat du FC Nantes par un fonds américain et britannique pour 100 millions d’euros. Pourquoi le club nantais serait-il plus valorisé que celui de Bordeaux (vendu 60 M€ en 2018) ou de Marseille (vendu 45 M€ en 2016), ou même Paris (40 M€ en 2011, pour acquérir 70 % du capital) des clubs rachetés aussi par des investisseurs étrangers ?

Pascal Perri : C’est un prix qui me paraît en effet un peu élevé. Néanmoins, le marché du football français est en forte croissance avec des revenus, que ce soient les droits TV, le sponsoring ou la billetterie, en augmentation constante (les droits TV, sur lesquels se rémunèrent les clubs, dépasseront 1,5 milliard d’euros en 2020-2024, soit le double de la période 2016-2020, NDLR).

Le championnat de France est le dernier du Big Five (le groupe des cinq nations européennes considérées comme majeures dans le football), où les investisseurs peuvent faire une bonne affaire. Les marchés espagnols et anglais sont déjà tous repris par des investisseurs étrangers. Les marchés allemands et italiens sont compliqués, à cause de réglementations nationales contraignantes pour la Bundesliga. Le seul terrain possible pour des investisseurs, c’est le championnat de France.

Pourtant, Nantes n’est pas un club qui est en tête du classement…

P.P : Les résultats sportifs, ce n’est pas le seul critère des investisseurs. Ils regardent surtout ce que l’on appelle le good will, c’est-à-dire la renommée du club, son histoire, son palmarès, son image.

« Le FC Nantes bénéficie d’une très bonne image, avec un public fidèle. Économiquement, c’est un peu comme un produit de luxe. Or, tout ce qui est rare est cher… »

Le FC Nantes bénéficie d’une très bonne image, avec un public fidèle. En termes économiques, le FC Nantes est un bien unique : il n’y en a pas d’autre. C’est un peu comme un produit de luxe. On dit bien que tout ce qui est rare est cher… De plus, le club a apparemment des finances assez saines (avec un résultat net positif jusqu’à la saison 2017-2018, NDLR), ce qui est apprécié par les investisseurs.

Quelles sont les ambitions de ce type d’investisseurs quand ils rachètent un club de football ?

P.P : Aujourd’hui, les propriétaires de club ne peuvent pas avoir de grandes ambitions, s’ils ne deviennent pas propriétaires de l’actif de production, c’est-à-dire du stade et de l’ensemble immobilier sportif. Il faut être propriétaire du stade ou à défaut disposer d’un bail emphytéotique. Pour rentabiliser un investissement aussi élevé, il faut y ajouter d’autres sources de revenus : de l’hôtellerie, un business center, voire d’autres services.

Un club de foot, c’est une entreprise dont l’activité est la production de spectacle vivant. C’est un vrai métier. Dans cet univers-là, il faut tout faire pour attirer le public au stade alors que la tentation pourrait être de rester devant sa télévision.

« Seuls les investisseurs institutionnels peuvent dynamiser positivement le football professionnel français. »

Il faut comprendre que le modèle économique des clubs de football a totalement changé. Le modèle "subventions municipales-billetterie-sponsoring" c’est terminé. Les collectivités n’ont plus les moyens. Et les transferts ne suffisent plus à rentabiliser les investissements des clubs. Dans ce contexte, seuls les investisseurs institutionnels peuvent dynamiser positivement le football professionnel français. C’est ce que j’explique dans la note publiée sur L’Institut Sapiens.

Waldemar Kita ne partirait pas pour autant du FC Nantes. La gestion serait confiée à son fils, Franck Kita. Waldemar Kita, lui, vient d’entrer au bureau de la Ligue de football professionnel (LFP). Pour quelle raison a-t-il pris ces nouvelles fonctions ?

P.P : Le football professionnel, c’est une affaire de famille. Pour en faire partie, c’est mieux d’être présent au repas de Noël. Entrer à la LFP c’est un peu cela. Waldemar Kita fait partie intégrante de la famille.

Pascal Perri est économiste, auteur d'une note sur les investisseurs institutionnels sur le marché du football français pour l'Institut Sapiens.
Pascal Perri est économiste, auteur d'une note sur les investisseurs institutionnels sur le marché du football français pour l'Institut Sapiens. — Photo : Perri

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