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Ornikar condamnée, mais loin d’être coulée

Par la rédaction, le 07 décembre 2015

« Ornikar est enfin reconnue hors la loi et condamnée à fermer », se félicite l’Unic, un syndicat d’auto-écoles, commentant une décision de justice. « Ornikar poursuit sa mission », lui rétorque la start-up nanto-parisienne soutenue par trois stars du web hexagonal. Alors, qu’a vraiment dit la cour d’appel de Paris ?

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Chez Ornikar, on a très vite appris à vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Proposant des services sur internet pour passer le code de la route et le permis de conduire à des prix inférieurs à ceux affichés par les auto-écoles, la start-up nanto-parisienne de dix personnes n’est pas du genre à plaire à tout le monde. Moins de deux mois après sa création, en janvier 2014, l’entreprise est assignée en justice par plusieurs syndicats d’auto-écoles, qui dénoncent des risques en termes de sécurité routière et qui crient au travail illégal. Rappelons que les auto-écoles font partie des professions réglementées. Le tribunal de commerce de Paris déboute les syndicats d’auto-écoles en juillet 2014. Seul un, l’Unic, fait appel. Et le 3 décembre, la cour d’appel de Paris a rendu sa décision.

L’Unic crie victoire

Cette décision est interprétée de façon radicalement différente, selon que l’on soit membre de l’Unic ou d’Ornikar. Les représentants du syndicat crient victoire. « Cette décision de la cour d’appel de Paris est un indéniable encouragement à persévérer dans le combat contre les hors-la-loi de la profession », se félicite Philippe Colombani, président de l’Unic.

Pour le syndicat, Ornikar est « condamnée à fermer ». L’Unic demandait à la justice l’interdiction de la diffusion du site ornikar.com, ainsi que ses comptes Facebook et Twitter, ce qui correspond à une condamnation à mort pour une start-up du web. Ce que reproche le syndicat à Ornikar ? De ne pas être une auto-école, c’est-à-dire de ne pas avoir l’agrément administratif prévu par le code de la route, ni de locaux d’au moins 25 m² réservés à l’accueil des élèves, comme l’impose un arrêté de 2001. De cette façon, le syndicat entend réduire au silence une concurrence numérique aux prix attractifs.

Code : Ornikar se dit confortée

Sauf que le site Ornikar et ses comptes sur les réseaux sociaux existent toujours. Car l’arrêt de la cour d’appel de Paris est plus nuancé que voudrait le faire croire l’Unic. « Nous avons bien la possibilité de poursuivre notre activité liée au code de la route », assure Benjamin Gaignault, co-fondateur d’Ornikar. La start-up fournit en effet aux candidats au code un livre, des tests en ligne ainsi qu’un kit d’inscription à l’examen. Et cette activité n’est pas réglementée, rappelle la cour d’appel de Paris. Depuis le lancement de cette offre, au printemps dernier, la société revendique plus de 7.000 clients.

Permis de conduire : jeux de mots entre l'Unic et Ornikar

Pour ce qui concerne sa deuxième offre, les cours de conduite, Ornikar marche en revanche sur des œufs. La cour d’appel lui interdit « tout message informatif, toute proposition d’inscription ou toute publicité pour un enseignement aux épreuves du permis de conduire des véhicules à moteur dispensés aux candidats libres par des accompagnateurs et donnant lieu à rétribution de quelque nature que ce soit ». Un point donc pour l’Unic.

Mais Benjamin Gaignault et ses avocats – la start-up fait appel à cinq cabinets - assurent avoir trouvé la parade. Une affaire de mots. Ornikar ne veut surtout plus être une auto-école en ligne. Mais une plate-forme mettant en relation des élèves et des loueurs de véhicules à double commande. Les loueurs, qui se trouvent être par ailleurs des moniteur de conduite, sont rémunérés seulement par les élèves et uniquement pour la location de la voiture – l’enseignement s’opère à titre gracieux. De cette façon, le dirigeant assure être dans les clous. « On s’est mal exprimé sur notre site. C’est une erreur de notre part. On va remodifier le site pour clarifier le message », reconnaît-il.

Pour Ornikar, pas question donc d’actionner le frein à main. Au contraire, la start-up entend bien accélérer. Au niveau judiciaire, elle attaque elle aussi. Attendant toujours une réponse à sa demande d’agrément d’auto-école traditionnelle de la part de la préfecture de Paris, elle a saisi en février dernier le tribunal administratif.

Angers, prochaine étape du déploiement  d'Ornikar

Sur le plan commercial, elle entend aussi poursuivre son déploiement en France. « On compte être présent dans 20 à 25 villes d’ici à septembre prochain », indique Benjamin Gaignault, qui revendique 1.500 enseignants loueurs de voiture dans sa base de données. Pour l’instant, la start-up a mis en relation des candidats au permis de conduire avec cinq loueurs, pour environ 300 heures de conduite, à Nantes et à Rennes. La prochaine étape va être Angers, d’ici à la fin de l’année.

Loin de son point mort, Ornikar vit pour l’instant grâce à une levée de fonds d’un million d’euros, réalisée en novembre 2014 auprès de deux fonds d’investissement et de trois stars du web français : Xavier Niel (dirigeant de Free), Marc Simoncini (fondateur de Meetic) et Marc-Antoine Granjon (P-dg de Vente-privee.com). Ces trois soutiens de poids et ces péripéties judiciaires semblent en tout cas « montrer qu’avec Ornikar, on touche à quelque chose », assure Benjamin Gaignault.

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