Pays de la Loire

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Interview "Le seul moyen de ne pas déprimer, c'est d'agir pour la planète "

Entretien avec Virginie Raisson-Victor, présidente du GIEC Pays de la Loire

Propos recueillis par David Pouilloux - 11 février 2022

Virginie Raisson-Victor est chercheure et prospectiviste. Auteure de "2038 Les Futurs du Monde" aux éditions Robert Laffont et présidente du GIEC Pays de la Loire, la Nantaise est cofondatrice de l’initiative Le Grand Défi des entreprises pour la planète et présidente du Comité de mission de Cetih. Face à l’urgence climatique et aux atteintes à la biodiversité, elle invite les chefs d’entreprise à agir.

Virginie Raisson-Victor, présidente GIEC Pays de la Loire et cofondatrice du Grand défi des entreprises pour la planète.
Virginie Raisson-Victor, présidente GIEC Pays de la Loire et cofondatrice du Grand défi des entreprises pour la planète. — Photo : David Pouilloux

Qu’est-ce que le Grand Défi des entreprises pour la planète ?

C’est un événement qui démarre le 15 février au niveau national et se prolonge jusqu’en 2023, avec un temps fort de lancement dans notre région le 9 mars 2022 à Nantes. Au départ, c’est une initiative citoyenne, menée par Jérôme Cohen (fondateur et président d’Engage, association citoyenne) et moi-même et qui s’appuie sur un constat : si tout le monde reconnaît que le réchauffement climatique et le recul du vivant sont déjà des réalités dont les effets seront de plus en plus fréquents et dévastateurs (sécheresses, canicules, inondations, gels tardifs…), il peut être compliqué d’y faire face pour une entreprise. Alors que les grands groupes ont les moyens financiers et humains de s’engager dans la transition écologique, les PME et les ETI au niveau national ont parfois plus de mal. Celles des Pays de la Loire sont en avance sur ces questions. On sent chez elles un fort désir d’agir.

Où se trouvent les difficultés ?

Il y a d’abord un problème d’acculturation à certains enjeux du changement climatique chez les chefs d’entreprise, notamment en termes de risques. On constate parfois aussi un grand désarroi de ceux qui ont envie de s’engager. "Par où je commence ? Concrètement, qu’est-ce que je fais ? Quel impact aurais-je ? Et puis à qui je m’adresse pour m’engager : l’Ademe, la Région, la CCI ? Quel financement ? " L’offre est immense pour trouver des solutions, des accompagnements, mais la dispersion des outils les rend peu lisibles. Et puis il y a aussi le besoin ressenti des dirigeants de coconstruire les mesures pour les adapter aux entreprises.

En quoi consiste ce Grand défi ?

L’objectif du Grand Défi, c’est un processus qui propose de formuler et de mettre en œuvre une centaine de propositions qui soient à la fois directement opérationnelles, efficaces en termes d’impact et mesurables en termes de trajectoire. Pour y parvenir, le Grand Défi se déroulera en 3 étapes : la Grande Consultation qui commence aujourd’hui et permet aux entreprises et à leurs parties prenantes de formuler leurs préoccupations et propositions. En mai prochain, commencera la Grande Délibération qui réunira les représentants de 150 entreprises tirées au sort (60 chefs d’entreprise, 60 salariés et 30 actionnaires). Accompagnés par des experts, ils travailleront durant 6 sessions pour formuler les 100 propositions. La troisième phase sera la Grande Diffusion pour porter et mettre en œuvre les propositions retenues jusque dans les territoires. Le premier lancement régional aura lieu dans les Pays de la Loire à Nantes car c’est le seul territoire où tous les acteurs, réseaux d’entreprises, chambres consulaires, syndicats, collectivités et ONG locales, sont déjà mobilisés pour cet événement.

La prise de conscience de ces enjeux est ancienne. Pourquoi est-ce si difficile de mobiliser les gens ?

On a trop insisté sur les renoncements à faire et pas assez sur les opportunités offertes par la transition. Il existe aussi un sentiment d’impuissance. C’est vrai que lorsque l’on lit les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), il y a de quoi être découragé. Cela dit, les jeunes, eux, se sentent très concernés par ces enjeux. Si les entreprises veulent les attirer, elles doivent donc impérativement s’en emparer. Il n’est pas impensable que les entreprises soient un jour cotées pour leur action climat et qu’il y ait un classement. Aujourd’hui, une entreprise désirable est celle qui apporte du sens. En plus, on voit à présent que cela crée de l’enthousiasme au sein même de l’entreprise. Car le seul moyen de ne pas déprimer, c’est d’agir pour la planète !

Pour en savoir plus et participer : www.legranddefi.org

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