Côtes-d'Armor

Commerce

[Exclusif] 216 magasins fermés dans le centre-ville de Saint-Brieuc

Par Julien Uguet, le 07 mars 2018

Avec 216 magasins vides ou à l’abandon comptabilisés en 2018, selon le baromètre exclusif publié par le Journal des entreprises, Saint-Brieuc confirme ses difficultés pour relancer une dynamique commerciale pérenne dans son centre-ville. Les bonnes volontés politiques et les initiatives privées semblent ne pas avoir suffisamment d’impact pour redresser une situation de plus en plus inquiétante.

Photo : Julien Uguet / Journal des entreprises

C’était en 2001, une autre époque. L’inquiétude guettait déjà mais personne n’aurait imaginé que Saint-Brieuc atteindrait, sept ans plus tard, un tel niveau de vacance commerciale. 89 magasins mitaient alors le centre-ville. En 2018, le panorama s’est considérablement aggravé. Avec 216 commerces vides ou à l’abandon, la Cité Gentille, mais plus vraiment sympathique, est confrontée à un malaise profond qui freine la relance d’une dynamique commerciale pérenne.

Les initiatives privées et publiques ne manquent pourtant pas : boutiques Starter du Crédit Agricole, ouverture d’une Fnac dans le centre commercial Les Champs, requalification de la caserne Charner en Novotel 4 étoiles, destruction des Halles couvertes pour redonner du souffle au cœur de ville historique, rénovation des Meubles Morice pour y installer une salle de fitness low-cost, etc. Rien n’y fait, Saint-Brieuc compte, année après année, un nombre de plus en plus important de pas-de-porte vacants.

Photo : DR

36,3 % des pas-de-porte sont vides

Après avoir limité la contagion en 2017 (+ 4,8 % de cellules vides supplémentaires sur un an), la préfecture des Côtes-d’Armor a vu sa fièvre remonter en 2018 avec 27 cellules vides de plus sur douze mois. Publiés en exclusivité par le Journal des entreprises des Côtes-d’Armor, les résultats du baromètre du commerce de centre-ville* ne souffrent d’aucune contestation. Qu’importent les Cassandres qui crient au « Saint-Brieuc bashing », feignant de voir la triste réalité qui s’offre au quotidien devant eux. D’ailleurs, encore faut-il vivre et consommer dans ce centre-ville mité de toute part pour apprécier pleinement, et au plus juste, cette situation ?

Selon le dernier relevé, 36,3 % des pas-de-porte ne comptent actuellement aucun occupant, pour certains depuis plus de 10 ans ! Ce taux de mitage n’était que de 10 % en 2001, de 15,1 % en 2011, là aussi deux autres mondes… déjà inquiétants toutefois quand on sait qu’au-delà de 15 % de magasins vides, la dynamique commerciale d’un cœur de ville est durablement altérée. Pire, faute de rotation, le parc commercial disponible se dégrade à vitesse grand V. « Saint-Brieuc n’était déjà pas la plus propre, confirme ce commerçant qui a baissé le rideau récemment. Plusieurs magasins sont tagués, leurs vitrines recouvertes d’affiches, etc. Rien ne donne envie d’investir ici. »

7 commerces sur 9 fermés dans une seule rue commerçante !

Tous les quartiers de Saint-Brieuc sont structurellement touchés même si l’hyper centre totalise 44,4 % des cellules commerciales vacantes. Autrefois poumon de l’attractivité commerciale, les rues Saint-Guillaume et Charbonnerie ont définitivement perdu de leur lustre. Les ouvertures récentes sont davantage le fruit d’un transfert de fonds de commerce existant (Bouygues Telecom, La P’tite Robe, Le Chapelier, Le Club, Latitude, etc.) et non issues de créations nettes. Ce phénomène a pour conséquence directe un appauvrissement des artères adjacentes.

Boutiques Starter du Crédit Agricole, Fnac, Novotel, destruction des halles, etc. Autant d’arbres qui cachent la forêt du mitage commercial.

La rue Saint-Gouéno, autrefois temple de la mode vestimentaire en terre briochine, affiche un taux de mitage de 50 %. De son côté, la rue Saint-Jacques, bénéficiant pourtant d’une visibilité unique suite à la démolition des halles couvertes, compte 7 pas-de-porte vides pour 9 cellules commercialisables. « On se demande ce que fait la ville, confirme ce commerçant en retraite. Aucun projet abouti n’est lancé pour réaménager cette place qui a du potentiel. Cela freine les velléités d’investisseurs potentiels. Il aurait fallu être plus réactif sur ce dossier. C’est une qualité qui a toujours manqué aux maires successifs de Saint-Brieuc. »

Photo : DR

La gare cherche encore son attractivité

Désormais reliée en 2 h 15 à Paris, Saint-Brieuc n’offre également pas un panorama idéal aux touristes et aux hommes d’affaires qui descendent du TGV tous les jours. Au-delà des travaux qui ne semblent pas trouver de fin, pas moins de 16 cellules commerciales, pour certaines dans un état d’insalubrité avancé, accompagnent les visiteurs sur les quelques hectomètres qui les séparent du centre commercial Les Champs. Sept ans après son ouverture, celui qui avait été imaginé comme le fer de lance du renouveau briochin continue de souffrir. 8 cellules cherchent encore des repreneurs durables, au-delà des magasins éphémères de créateurs de bijoux ou des pop-up stores de marques locales qui sont autant d’écrans de fumée pour masquer une réalité difficile à accepter.

Des entrées de ville à la peine

Cette situation est identique du côté de la rue des Trois Frères Le Goff et de sa jumelle de Gouédic, autres entrées de ville, routières cette fois, qui totalisent 14 et 13 pas-de-porte vacants. « Saint-Brieuc est désormais une ville difficile à vendre car ses devantures sont dégradées, précise cet agent immobilier. Pendant longtemps, on s’est focalisé sur la question des loyers élevés en oubliant que les propriétaires ne lançaient pas de travaux pour tenter de séduire un porteur de projet. Certes, la taxe sur les friches commerciales a été mise en place mais au final elle a fait bouger au mieux quatre à cinq biens. On nous a vendu la belle rénovation des Meubles Morice, certes réussie, mais à côté de cela, les élus ne mesurent pas l’état de la rue Houvenagle, de la rue Maréchal Foch ou de la galerie du U Express située à proximité immédiate. C’est l’arbre qui cache la forêt. »

« La ville n’était déjà pas la plus propre. Certains magasins sont tagués, leurs vitrines recouvertes d’affiches, etc. Rien ne donne envie d’investir ici. » Un commerçant qui a baissé le rideau récemment.

Des travaux annoncés qui risquent d’aggraver la situation

Dans ce contexte, le réaménagement des rues du centre-ville de Saint-Brieuc, qui débutera en mai 2018, par le pont d’Armor et la rue de la gare, s’annonce comme un énième obstacle pour relancer une véritable dynamique. Deux équipes de chantier avanceront d’est en ouest jusqu’à l’été 2019 dans le cadre du projet Transport Est-Ouest (TEO) qui vise à instaurer une voie de bus en site propre. Les deux prochaines années s’annoncent compliquées pour les commerçants, comme les deux passées…Porté par Saint-Brieuc Armor Agglomération et la ville centre, ce projet vise à offrir un souffle nouveau à la Cité Gentille. « C’est une requalification urbaine du centre-ville pour le rendre plus agréable à vivre », précise Ronan Kerdraon, vice-président à l’Agglo en charge des transports.

Photo : Julien Uguet / Journal des entreprises

La goutte d’eau de l’indemnisation travaux

Pour aider les commerçants concernés par cette phase des travaux, une commission d'indemnisation a été créée. Présidée par un magistrat du tribunal administratif de Rennes et composée d'élus, de représentants des chambres consulaires, d'un expert-comptable et du trésorier principal, elle entend étudier les dossiers au cas par cas. Pour qu'ils soient recevables, la perte d’'activité, en marge brute, doit être supérieure ou égale à 10 %, sachant que le montant maximum d'indemnisation par dossier est de 35 000 €. Une goutte d’eau dans le mitage du commerce briochin tant c’est une ville entière qui est touchée, et pas uniquement les quelques rues concernées, par l’impact de ces nouveaux travaux.

* Relevés effectués le 5 février 2018 sur la base du périmètre Fisac retenu par la ville de Saint-Brieuc. Cette aire géographique est identique depuis la création, en 2011, du baromètre du commerce de centre-ville publié par le Journal des entreprises des Côtes-d’Armor.

Photo : Julien Uguet / Journal des entreprises

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