C'est un deal inédit que vient de conclure Wakanim avec le géant Sony, en février. A Tourcoing, depuis sa création en 2009, la start-up de la Plaine Images s'est fait un nom dans le milieu très restreint des séries animées de mangas japonais. Son concept : négocier directement des droits au Japon pour une diffusion via le web sur sa Wakanim.tv dans 37 pays francophones, à ce jour.
L'acteur alternatif au piratage Ils ne sont pas nombreux dans cette niche et encore moins à pouvoir se revendiquer « diffuseur légal et gratuit d'animations japonaises en streaming et VOSTF », comme Wakanim. « Nous sommes l'un des seuls acteurs de l'économie numérique à veiller à ne pas être piraté et à surveiller le réseau », note Olivier Cervantès, dirigeant de la société qui a créé son propre logiciel de traquage du pirate en ligne : ZeroPiracy. « Cette technologie d'identification est très importante pour notre business model. » Sa traque permanente lui permet de mettre en demeure les plus grands sites de piratage, avec un certain succès.
40.000 transactions par mois
Pour lutter contre ce fléau pour les éditeurs, Wakanim propose en parallèle aux internautes des téléchargements légaux de ces dessins animés, à un rythme hebdomadaire de quatre sorties. « Nous sommes les seuls en France à proposer un chargement définitif sans verrou numérique type DRM. » Très réputé au sein de la communauté des fans de mangas, Wakanim met en effet en ligne gratuitement tout nouvel épisode durant 30 jours. Passé ce délai, pour les revoir, il faut passer à la caisse. La plateforme a recensé sept millions de pages vues ces cinq derniers mois et enregistre, en moyenne, 40.000 transactions par mois ! La pub finance aussi son modèle. Un seul épisode de la série Sword Art Online a réuni 117.050 spectateurs dont 2.000 en accès premium (payant).
Des droits sur 15 séries par an C'est sans doute son éthique qui a séduit Sony et bien d'autres éditeurs japonais. « Nous travaillions déjà ensemble depuis 2010 sur une série », explique Olivier Cervantès. La firme nippone a décidé d'enclencher la vitesse supérieure dès ce mois d'avril en confiant à Wakanim, pour un an renouvelable, ses droits exclusifs sur tout son catalogue, soit une quinzaine de séries par an ! « Ils ont vu que notre modèle économique tenait la route. Nous avons deux ans d'avance. » Olivier Cervantès, qui a lancé sa boîte à la fin de ses études aux Gobelins à Paris, et son autre associé Ludovic Alcala, tous deux 27 ans, comptent doubler leur business cette année pour atteindre 600.000 € et le million en 2015, avec 8 à 12 salariés. Deux développeurs viennent d'être embauchés. « Nous connaissons une croissance de 20 % par mois depuis mars 2012. »
Levée de fonds et marché US Soutenu par l'IRD, Yellow Finance (Altima), la Région et Oséo, le duo lauréat des réseaux LMI et Entreprendre Nord a déjà levé 200.000 € et finalise actuellement un Prêt participatif de développement innovation (PPDI) de 75.000 €. Il pourrait aussi élargir Wakanim à d'autres pays et supports que les mangas japonais, comme Bolywood. « Nous aimerions aussi attaquer le marché américain. » Les chaînes de télévision classiques commencent à saisir l'enjeu des nouveaux médias dont ces web TV rentables. « Elles gagnent autant sur le numérique que sur le DVD ou le réseau classique. » Et demain, la télévision connectée leur donnera encore plus d'écho. « Nous sommes complètement atypiques sur ce marché de la vidéo à la demande », sourit Olivier Cervantès qui surveille sa cote de popularité sur Google, en tant que 2e Français devant des géants comme CanalPlay.
Géry Bertrande
Web TV A Tourcoing, la start-up vient de conclure un accord à fort potentiel avec le géant japonais pour la diffusion en France de séries d'animation de type mangas.